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28/02/2010

Promotion de la Suisse à l’étranger

Dans une chronique publiée dans le journal « Le Temps » du 24 février dernier, intitulée « Absence suisse », Joëlle Kuntz déplorait l’échec de « Présence suisse » dans sa mission de « diffusion de l’image d’une Suisse moderne et authentique : notre MARQUE ». Rappelons au passage que « Présence suisse » est un organisme fédéral dépendant du DFAE, chargé de promouvoir l’image de la Suisse à l’étranger.

Selon l’auteur, « Présence suisse » aurait échoué à «augmenter le capital sympathie de notre pays». Joëlle Kuntz d’affirmer que « le capital a bien augmenté mais hélas sans la sympathie ».


 


Coïncidence ou pas, le Conseiller fédéral M. Hans-Rudolf Merz nous annonçait jeudi dernier (25 février 2010), plusieurs propositions d’économies (quatre-vingts) dans les finances fédérales. Parmi celles-ci, notre « grand argentier » propose la suppression pure et simple de la contribution de la Confédération au portail internet multilingue « Swissinfo » (Voir à ce sujet l’article de Valentine Zubler publié par « Le Temps » du 27 février 2010).

Le constat de Joëlle Kuntz est d’autant plus inquiétant, qu’il corrobore ce que d’aucuns dans ce pays ressentent depuis quelques années : la Suisse souffre de son image à l’étranger !

Pour s’en convaincre, il suffit de lire les journaux, d’écouter les émissions de radio ou de suivre les informations et reportages sur les chaînes de télévisions, et de parcourir les blogs …

A l’étranger la Suisse souffre d’une image éculée, faite de mythes, clichés et de stéréotypes qui ont la vie dure, à défaut d’être fondés.

Alors par les temps qui courent, la Suisse peut-elle se permettre de faire l’économie de la promotion de son image ? Est-il sage de s’exposer davantage encore à la vindicte de l’étranger en restant les bras ballants faute d’avoir su, ou voulu, anticiper en se dotant de moyens promotionnels efficaces, susceptibles d’expliquer notre position de façon cohérente ?

Certains semblent pourtant en être convaincus. C’est ainsi que le Conseiller national zurichois Christoph Mörgeli, tête pensante de l’UDC, avait déposé une motion en 2005 déjà, visant à supprimer purement et simplement « Présence suisse ». Cette motion n’avait cependant pas abouti, le Conseil fédéral avait rappelé au passage que « Présence suisse » disposait d’une base légale : la « Loi fédérale sur la promotion de l’image de la Suisse à l’étranger ».

On se plaint et souvent à juste titre, du manque de vision et d’anticipation du Conseil fédéral, et l’on se dit qu’aujourd’hui notre gouvernement fédéral aurait une belle occasion à saisir pour redéfinir et réorganiser la promotion de la Suisse à l’étranger. Pourquoi en effet ne pas regrouper dans une même entité « Présence suisse », « Swissinfo » ainsi qu’une chaîne TV multilingue d’informations par satellite à créer sur un modèle qui pourrait s’inspirer à la fois de « Euronews », « Arte » et « LCP » ?

On pourrait certes me faire remarquer que la Suisse est déjà présente sur le satellite puisque les six chaînes de TV nationales (SF1 et SF2 en allemand, TSR1 et TSR2 en français et TSI1 et TSI 2 en italien) sont relayées, chaînes auxquelles on peut ajouter « SF info », chaîne d’informations diffusée en suisse-allemand et en allemand uniquement. Malheureusement toutes ces chaînes sont cryptées pour des raisons de droits de diffusion et ne sont accessibles qu’aux seuls ayants-droit : les habitants de la Suisses et les ressortissants suisses de l’étranger.

Par ailleurs la « TSR » diffuse quelques émissions, dont le « Téléjournal », sur la chaîne francophone « TV5 Monde », en partenariat avec « France 2 », la « RTBF » et « Radio-Canada ».

A l’écart de l’UE, la Suisse est très isolée politiquement. Elle est vulnérable et fait souvent l’objet d’attaques contre lesquelles notre modèle institutionnel est mal adapté pour réagir rapidement. Il n’est que de se souvenir des fonds en déshérence, des attaques contre le secret bancaire, des vols de données bancaires et plus récemment de l’affaire Kadhafi. Or dans chacun de ces cas, l’image de la Suisse en ressort déformée, quand elle n’est pas vilipendée, par des médias étrangers souvent très mal informés.

Le Parlement devra débattre prochainement des propositions d’économies proposées ce jeudi par M. Merz, dont celle consistant à supprimer la contribution en faveur de « Swissinfo ». Par conséquent, le moment paraît opportun pour ouvrir un vrai débat sur la promotion de la Suisse à l’étranger en focalisant ce thème sur la « défense nationale », car finalement n’est-ce pas de cela dont il s’agit ?

Vouloir rester en marge de la construction européenne ne dispensera pas la Suisse de faire l’économie de son image à l’étranger. La marginalité a un prix et l’UDC ferait bien de s’en préoccuper, elle qui prône tout à la fois l’isolement politique de la Suisse et les réductions budgétaires tous azimuts.

10:00 Publié dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : médias, promotion, image | |  Facebook

Commentaires

Promotion de la Suisse à l’étranger… vaste programme !
L'image de la Suisse à l'étranger est, je vous l'accorde, bien ternie depuis quelque temps déjà.
Il faut d'abord savoir que la promotion de ce pays vers d'autres latitudes, cible pratiquement et exclusivement les milieux de la finance, de l'industrie et du tourisme. Bref, là où il y a de l'argent à prendre et à investir le "notre".

- De l'argent à prendre ? Là, il n'y a pas photo au vu de ce qui se passe dans ce pays en ce moment même.

- "Notre" argent à investir ? Là, le retour sur investissement doit-être impérativement très conséquent, juteux. On sait que 1 franc investi en rapporte au moins 3 et ceci même si un projet industriel a échoué en partie ou en totalité. Je veux prendre un seul exemple, le financement du barrage d'Itaipu sur l'Iguaçu (Brésil), financé par un consortium international dont a fait parti ABB (Suisse) pour 100 milions d'US$. Monseigneur Arns, archévèque de Sao Paulo - que j'ai rencontré par deux fois - connu pour ses frictions avec le Vatican, mais aussi très au courant d'affaires douteuses.

Point d'argent point de Suisse disait Jean Racine, cet adage qui date du XVIIe siècle perdure et s'est surtout renforcé depuis la dernière guerre mondiale. Il continuera à perdurer et à mon avis, pour longtemps encore.

À force de nous avoir inculqué "nous sommes les meilleurs", "y en a point comme nous", "avec le passeport suisse vous serez reçu et envié partout", tout au long de notre jeunesse, comment changer notre image vis-à-vis de l'étranger ? Je n'ai pas de réponse à cet atavisme !

J'entends déjà dire que je fais de l'autoflagellation, car bien entendu dans ce pays, il suffit d'être critique pour se l'entendre dire.

Mais bon, le Suisse trait sa vache et vit paisiblement écrivait Victor Hugo.

Bien à vous.
[]

Écrit par : ROLLMOPS | 28/02/2010

@ ROLLMOPS :

Bonsoir et merci de votre commentaire !

Par le biais de ce billet, je voulais simplement manifester ma préoccupation sur l'image de la Suisse telle qu'elle est véhiculée à l'étranger et surtout dénoncer la manière désinvolte selon moi, d'appréhender ce problème de la part de nos autorités politiques.

La Suisse étant politiquement isolée, elle doit plus que d'autres pays - ceux de l'UE par exemple - en faire davantage pour expliquer sa position, sa place dans le monde, ses institutions dont la démocratie directe, son organisation politique, ses prises de décisions, ses engagements internationaux, son économie, etc.

Or on constate que la tendance actuelle est exactement à l'opposé de cette démarche. Le Conseil fédéral veut faire l'économie de sa contribution à "Swissinfo". A la fin de l'année dernière, c'était le Conseil des États qui supprimait un crédit unique de quelque 2 millions CHF destiné à "Présence suisse" pour une campagne destinée aux États-Unis, ceci en pleine tempête fiscale avec ce pays.

Je suis inquiet car je trouve que ce genre de décisions n'est pas cohérent. C'est surtout irresponsable !

La promotion de l'image de la Suisse ce n'est pas de se limiter aux clichés "banques, chocolats, montres et alpes enneigés", ce serait plutôt de montrer que la Suisse n'est pas le pays figé que l'on dépeint souvent. L'un des rôles de la promotion de la Suisse, c'est de casser ces mythes, ces clichés et images dépassées.

Et il y aurait beaucoup à faire, je vous l'accorde !

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 01/03/2010

Bonsoir Monsieur d'Hôtaux,

Croyez-moi bien que je n'avais nullement l'intention de critiquer votre note. Note que j'ai beaucoup apprécié par ailleurs. J'en ai bien saisi le sens.
J'ai simplement voulu donner l'impression que me donne la Suisse quand je voyage à l'étranger. Ce que j'ai surtout ressenti en voyageant beaucoup à l'étranger, soit pour des raisons professionnelles, mais aussi et surtout comme simple voyageur curieux, évitant les zones touristiques. C'est la meilleure façon de connaître les pays que l'on visites. J'ai même vécu trois bonne semaines dans une favella de Sao Paulo (Brésil).
A titre informatif, pour préparer un voyage, je me procure des informations
style papier glacé auprès des agences de tourisme et je note les endroits à éviter. C'est simple et croyez-moi, efficace pour rencontrer les gens du cru.

Bien à vous et à bientôt peut-être.

Écrit par : Rollmops | 01/03/2010

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