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21/02/2011

Quel avenir pour Kadhafi ?

 

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La révolution de la rue arabe s'étend. Depuis quelques jours, elle a touché un pays très fermé, qualifié de « Corée du Nord » du monde arabe. Je parle de la Libye bien sûr !

 

J'écoutais ce soir sur RSR1 « La Première » l'émission « Forum » consacrée en bonne partie à des interviews accordées à MM. Carlo Sommaruga, Hasni Abidi et Abdel Lamhangar sur les derniers événements en Libye (écoutez ici).

 

Pour Carlo Sommaruga, avec lequel je suis souvent en désaccord, il faudrait que la Suisse prenne l'initiative de mettre sur une liste noire les membres du régime Kadhafi, afin de les priver de visas Schengen. Selon le conseiller national socialiste, la Suisse serait bien placée pour prendre cette initiative, du fait qu'elle n'a plus grand chose à redouter en termes de rétorsions économiques depuis l'arrestation d'Hannibal Kadhafi à Genève en juillet 2008, puis de l'affaire des otages suisses retenus à Tripoli.

Asni Habidi a commenté la proposition de Carlo Sommaruga en affirmant qu'il s'agissait pour lui « d'un service minimum ». Il a demandé aussi que la Suisse prenne des initiatives auprès de l'ONU par le biais de Joseph Deiss, qui officie actuellement en tant que président de l'Assemblée générale de l'ONU. Par ailleurs Hasni Abidi rappelait aussi que les policiers libyens, ceux qui participent à l'actuelle répression, ont été formés par des policiers allemands !

Carlo Sommaruga s'est dit décidé à interpeller la Conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey la semaine prochaine, pour que notre gouvernement prenne l'initiative auprès de l'UE afin que les autorités libyennes soient privées de visas Schengen. La Suisse, en tant que signataire des accords de Schengen, serait fondée à prendre une telle initiative.

 

Il est vrai que l'Union Européenne semble actuellement bien empruntée pour condamner avec fermeté le régime de Kadhafi pour sa sanglante répression de la contestation libyenne et l'atteinte inadmissible aux droits humains dans ce pays au cours de ces dernières heures.

Selon l'organisation « HRW » (Human Rights Watch), ce sont désormais près de 300 personnes qui auraient été tuées à ce jour, autant dire descendues comme des lapins, par des milices gouvernementales, pour avoir manifesté contre le régime en place.

 

Catherine Ashton, ministre européenne des Affaires étrangères de l'UE, s'est dite « indignée par la répression en Libye ». Bien sûr, la France et l'Allemagne, par la voix de leur ministre respectif aux affaires européennes, Laurent Wauquier et Werner Hoyer, ont aussi dénoncé les exactions, mais de concret rien encore. Il faut dire que les intérêts économiques de l'UE en Libye sont importants. C'est ainsi que la chaîne de TV Al-Jazeera en anglais qui reportait ce soir avec détails les sanglantes répressions, notamment à Benghazi, rappelait que 79% du pétrole libyen est exporté vers l'Europe. Par ailleurs, le régime libyen bien qu'isolé diplomatiquement, n'a rien à craindre d'un boycott économique et ceci contrairement aux situations qui ont prévalu tant en Tunisie qu'en Egypte, pays dans lesquels les ressources touristiques comptent en terme de PIB, ressources auxquelles s'ajoute pour l'Egypte l'aide financière américaine. Le régime libyen peut quant à lui se prévaloir d'une rente pétrolière annuelle de 50 à 60 milliards de CHF. De surcroît le régime libyen dispose de devises étrangères en suffisance et peut surtout se permettre de faire chanter les pays de l'UE par le biais de juteux contrats d'investissement.

Le chantage a d'ores et déjà commencé, le régime libyen ayant menacé l'UE de suspendre son engagement à contrôler le flux migratoire vers l'Europe des migrants africains si celle-ci « s'obstinait à soutenir la contestation » de la rue libyenne.

 

Les Etats-Unis quant à eux ont été assez discrets jusqu'à ce jour sur les derniers événements libyens.

 

Donc contrairement à d'autres régimes contestés du monde arabe, le régime libyen même s'il est aujourd'hui chancelant, n'est pas encore près de tomber. Tel n'est pourtant pas l'avis de Hasni Abidi qui pense que le régime est très ébranlé.

Sachant qu'il n'a rien à attendre de personne, le régime libyen aux abois fera tout pour conserver le pouvoir et le fera savoir au prix fort à tous ses opposants.

 

Pour la Suisse, qui n'aurait rien à perdre dans l'initiative de Carlo Sommaruga, du fait du boycott libyen depuis l'affaire de l'arrestation d'Hannibal Kadhafi, ce serait une belle carte diplomatique à jouer. La diplomatie suisse pourrait reprendre l'initiative, redorer son image dans le monde arabe après l'interdiction de construction des minarets, mais surtout se repositionner dans sa lutte en faveur de droits humains.

 

Toutefois une question fondamentale se pose si d'aventure le régime libyen devait tomber après 42 ans de pouvoir total, sans aucun partage et sans aucune tolérance : existe-t-il une alternative crédible prête à relever le défi pour conduire la Libye sur la voie de la démocratie ?