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06/11/2011

Yes, we Cannes !

 

Maintenant que la fin de la récréation a été sifflée sur la Croisette, il est temps de tirer quelques enseignements de cette réunion du « G20 ».

 

Le choix du lieu tout d'abord. On l'a voulu suffisamment prestigieux pour soigner l'image de la France, facile à protéger vu l'importance des participants, facile d'accès grâce à la proximité de l'aéroport de Nice.

 

L'ordre du jour ensuite, choisi par la France pays hôte. Un ordre du jour ambitieux dont les thèmes auraient dû accessoirement contribuer à la promotion du futur candidat à la présidentielle française de 2012, thèmes chers à l'opinion publique, ceux-ci pouvant être habilement utilisés à des fins démagogiques : Régulation bancaire, taxation des transactions financières, lutte contre les « paradis fiscaux », lutte contre la pauvreté notamment.

 

Mais le rideau n'était pas encore levé sur ce qui aurait dû être un spectacle grandiose, que déjà s'invitait le grand malade sous perfusion qu'est l'Euro, un patient que l'on pensait pourtant avoir mis sous bonne garde après lui avoir administré un cocktail de fortifiants, le temps qu'il nous fiche la paix pendant les deux jours de la réunion.

 

Du coup la réunion mondiale des grands de ce monde fut totalement chamboulée et se focalisa sur les problèmes actuels de la « zone Euro », comme si le Premier ministre grec n'avait pas pu rentrer tranquillement, sans faire de bruit, dans sa niche au pied du Parthénon et leur foutre la paix aux grands de ce monde, surtout que son pays avait reçu un en-cas généreusement consenti par l'Allemagne et la France.

Quelle arrogance tout de même ce Georges Papandreou, annoncer comme ça, juste avant le lever de rideau qu'il allait soumettre l'accord financier à référendum.

 

C'est ainsi que la Grèce, pays de la tragédie, aura en quelque sorte bousillé ce sommet et sérieusement contrarié l'organisateur en chef.

De réunion du « G20 », le combat changea d'âme - emprunt à Victor Hugo - et mua en action de secours pour sauver la Grèce d'un suicide annoncé.

Toutes affaires cessantes on siffla de suite le caniche Papandreou pour lui passer une bordée, histoire de le ramener à la raison, celle du plus fort qui comme chacun sait est toujours la meilleure - emprunt à La Fontaine -.

 

Mais comme si cela ne suffisait pas, on eut des doutes sur la fiabilité de l'Italie à appliquer les engagements budgétaires auxquels le pays des mandolines et de l'Opéra lyrique s'était engagé. Dame ! Il faut dire que le temps pressait, mais par chance Silvio Berlusconi était sur les lieux, il avait pu se libérer de l'une de ses importantes soirées de « Bunga-Bunga » qui ont fait sa réputation, sans doute attiré par le prestige du Festival de Cannes et de ses starlettes.

Berlusconi aussi se fit sérieusement sermonné et on le condamna à soumettre périodiquement ses livres de comptes au FMI. Autrement dit le budget de l'Italie, troisième puissance économique d'Europe sera désormais placé sous bonne garde celle de ... Mme Lagarde précisément.

 

Revenons-en à ce « G20 », lequel faute d'objectifs originels atteints, se muait en « G vain ».

 

L'ordre du jour étant bouleversé par la faute aux « GO » des deux pays du « Club Med », l'équipe chargée du protocole était sur les dents, on dut même faire patienter le Grand Chinois Hu-Jintao en lui imposant des tours de quartier en voiture blindée, vitres embuées, tandis que Sarkozy l'attendait sous la pluie battante, au pied du grand escalier du Palais des festivals.

 

Bref, on se serra les mains, puis revue de la Garde Républicaine, la photo de famille put enfin être tirée :

 

600px-G20_-_Cumbre_de_Cannes_-_20011103.jpg

 

Et les travaux proprement dits commencèrent. Ils furent brefs et se passèrent totalement à huis clos. Rien ne transpira jusqu'à la fin.

 

Aussitôt les lampions éteints, on tira le bilan. Assez maigre selon les spécialistes. On rédigea tout de même une déclaration finale. Voir ici.

 

Disposer d'une pareille tribune, Sarkozy n'allait tout de même pas se priver de l'opportunité exceptionnelle d'être interviewé face aux caméras aux côtés de Barack Obama. Une telle promotion juste avant de lancer sa campagne présidentielle ne se refuse pas. Il fallait que les Français se rendent compte à quel point les deux présidents étaient à l'unisson face aux problèmes qui attendent les grands de ce monde. Et puis cela rassure le bon peuple.

 

Plus tard, le journal de 20h00 sur TF1 rendait compte de la réunion :

 

«  ... Ils [ les participants ] ont aussi dressé une liste des paradis fiscaux ... »

 

Sarkozy interviewé déclarait péremptoirement :

 

«  Nous ne voulons plus de paradis fiscaux, nous ne voulons plus de dissimulation bancaire ...».

 

«  ... La Suisse et le Liechtenstein ne sont pas qualifiés pour la phase II ... »

 

Mais pourquoi donc Sarkozy s'est-il senti obligé, devant la première chaîne française, de désigner nommément la Suisse et le Liechtenstein parmi les pays qui selon lui « ne seraient pas encore qualifiés » ? Qualifiés pour quelle épreuve ?...

 

Alors, on a recherché en vain les noms de la Suisse et le Liechtenstein dans la déclaration finale de la réunion. Rien !

Il est seulement fait allusion à une liste de 11 pays.

 

À la rubrique : « Tackling tax havens and non-cooperative jurisdictions » de la déclaration finale, on relève cette phrase :

 

« We urge all the jurisdictions to take the necessary action to tackle the deficiencies identified in the course of their reviews, in particular the 11 jurisdictions whose framework does not allow them at this stage to qualify to phase 2. »

 

En pointant Suisse et Liechtenstein, Sarkozy s'adressait de toute évidence à l'opinion publique française, elle qui est remontée contre ces « paradis fiscaux » d'où provient « tout le mal », eux qui sont rendus responsables de la dette publique française laquelle, faut-il le rappeler, se monte à ce jour à 1'700 milliards d'euros et dont la charge annuelle atteint près de 50 milliards d'euros !

 

Pascal Saint-Amans responsable du Forum global sur la transparence fiscale, relativisait la stigmatisation de la Suisse au micro de la RSR (émission « Forum » du vendredi 4 novembre 2011).

 

Interviewé samedi soir (5 novembre 2011) dans « Forum » par la RSR à propos des accusations de Nicolas Sarkozy sur la Suisse, Michel Dérobert, secrétaire général de l'Association des banquiers privés, rappelait que la Suisse a signé jusqu'à ce jour des conventions de double imposition avec plus de trente pays. Il livre une intéressante explication aux accusations de Sarkozy. Ecouter ici.

 

 

Moralité :

En politique il est plus simple de se défausser sur des lampistes, plus aisé de pointer des boucs émissaires que de s'expliquer devant les citoyens !

 

 

Site du « G20 »

 

23:29 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : politique, g20, suisse, france, grèce, italie, banques, sarkozy, berlusconi, papandreou | |  Facebook

Commentaires

Excellent papier, Jean, du travail de pro. Bravo à l'amateur éclairé que vous êtes! Je ne peux, à cette heure tardive, écouter ce que dit Dérobert sans réveiller la maisonnée, mais je suppose qu'il met en avant le fait que Sarkozy est à la fois avocat d'affaires et politicien. Et qu'il est en parallèle en train de mener avec la Confédération les négociations sur l'accord "ex-RUBIK". On peut penser qu'il fait monter la pression pour faire grimper les enchères et obtenir davantage. C'est de bonne guerre.

Écrit par : Philippe Souaille | 07/11/2011

@ Philippe Souaille,

Merci de votre intérêt !

Selon Dérobert, à ce jour, et ceci pour des raisons techniques, seule la convention de double imposition avec la France peut servir de modèle aux experts (*) pour "l'examen matériel" de ladite convention et permettre à la Suisse d'accéder à la phase II. Or les requêtes françaises adressées à la Suisse dans le cadre de cette convention, sont en nombre très peu élevé, beaucoup plus faible qu'attendu en Suisse, ce qui a surpris les milieux intéressés en Suisse.

Par conséquent, Michel Dérobert soupçonne la France de tenter d'instrumentaliser le "Forum global sur la transparence fiscale" pour retarder "l'examen matériel" de la convention afin que celui-ci puisse porter sur un plus grand nombre de cas.

Autrement dit, Michel Dérobert soupçonne fortement la France de freiner les requêtes adressées à la Suisse, ceci dans le but de retarder "l'examen matériel", ce qui aurait pour conséquence d'empêcher la Suisse d'être qualifiée en phase II dans un délai raisonnable. De la laisser au purgatoire en quelque sorte.
Mais dans quels buts ?
Michel Dérobert semble avoir son idée à ce sujet, mais n'en dit mot.

Nous sommes ici dans une guerre économique !
Il vaut la peine d'écouter cette interview du 5 novembre dernier dans "Forum".

(*) PS :
En fait, comme l'explique Michel Dérobert, les "experts" du "Forum global sur la transparence fiscale" (OCDE), sont les pairs de la Suisse.

Bonne journée !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 07/11/2011

J'adore : ce « G20 » se muait en « G vain ».

Écrit par : bol chantant | 07/11/2011

Superbe cette photo de famille, bravo!!excellente initiative.

Écrit par : mutuelle | 19/11/2011

Avec un peu voire beaucoup de retard! j'aurais voulu avoir une précision sur votre article, le blog est il toujours d'actualité ? Merci de répondre à mon commentaire!

Écrit par : comparateur assurance moto | 15/02/2014

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