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29/11/2011

Constituante : Cachez-moi l’essentiel, je m’occupe du détail !

 

Des travaux de la Constituante, qu'en savons-nous réellement, nous autres citoyens lambdas ? Pas grand chose à vrai dire, hormis quelques billets rédigés par les constituants qui daignent nous informer des remugles de séances ayant imprégné leur mémoire olfactive ...

 

Récemment encore, plusieurs constituants1) nous ont fait part des travaux de ladite assemblée à propos de la politique énergétique et/ou de l'autonomie alimentaire du canton.

 

Pour la Constituante, il s'agissait de reprendre bon nombre d'articles contenus dans la Constitution actuelle, sinon à la lettre, du moins dans l'esprit. Mais pourquoi donc le faudrait-il ?

La rédaction d'une nouvelle constitution n'a-t-elle pas précisément pour objet de remettre les choses à plat, de s'interroger sur le bien-fondé des textes actuels, sur leur désuétude ? D'en relever les éventuels anachronismes qui les sous-tendent ?

 

Récemment on glosait sur les blogs à propos de l'interdiction du nucléaire à Genève et sur le taux d'auto-approvisionnement alimentaire de notre canton, à tel point qu'on tient à inscrire ces principes dans la nouvelle constitution. Mais s'est-on seulement posé la question de savoir si cela avait un sens ?

Dans le même temps, on échoue à faire aboutir des projets immobiliers pour construire des appartements dans les communes périurbaines, du fait de conflits d'intérêts entre lesdites communes et l'État, comme on l'a vu à Chêne-Bougeries ce dimanche, où les citoyens consultés ont donné un préavis négatif à un projet de déclassement.

 

Quel lien y a-t-il entre ces deux thèmes politiques et la Constitution cantonale ?

 

On constate d'une part que la constituante s'empare de thèmes porteurs en termes d'image politique, mais sur lesquels la Genève institutionnelle n'a aucun pouvoir coercitif, qu'elle en aura encore moins dans l'avenir, ceci au détriment d'autres objets autrement plus concrets et urgents qui relèvent totalement de la politique cantonale et concernent directement les Genevois dans leur vie quotidienne, mais qui malheureusement déplaisent car ils nous renvoient à nos vrais problèmes.

 

Reprenons l'exemple de l'interdiction du nucléaire dans la Constitution cantonale genevoise. Soyons clairs, cet article constitutionnel est parfaitement inutile et ne servira strictement à rien, ceci pour plusieurs raisons, à commencer par le principe de subsidiarité qui impose au texte fondamental genevois sa compatibilité avec la Constitution fédérale. Or nous savons que le Conseil fédéral a décidé récemment, dans la précipitation, à la suite de la catastrophe de Fukushima, d'arrêter les centrales nucléaires suisses d'ici à 2034. Par ailleurs, l'impact énergétique d'une très hypothétique centrale nucléaire sur le territoire cantonal genevois dépasserait de très loin nos besoins actuels, de l'ordre de deux à trois fois. Mais c'est surtout dans le domaine de la protection de l'environnement qu'un tel projet n'aurait aucune chance d'aboutir, confronté qu'il serait à une multitude de textes législatifs fédéraux.

 

On en dira autant de l'inutilité de l'inscription dans notre Constitution cantonale d'un texte relatif l'auto-approvisionnement alimentaire, qui ne serait que du protectionnisme déguisé et constituerait une entorse à la liberté de commerce. Manger local c'est bien, souhaitable même, mais pourquoi donc faudrait-il inscrire un tel principe dans la Constitution, attendu qu'on aurait pas les moyens de l'appliquer ?

 

Bref on s'attaque aux détails, on fait dans l'utopie, mais on en oublie l'essentiel.

 

L'essentiel et bien parlons-en.

Genève étouffe dans son corset bien trop étriqué pour elle. Elle ne dispose pas d'outils institutionnels susceptibles de résoudre ses problèmes actuels, alors on bricole mais ces bricolages coûtent cher, très cher, en temps et en moyens du fait que toute décision implique un nombre bien trop important d'intervenants qui ont tous des visions différentes et autant d'intérêts divergents. Il n'est que de voir les récents projets immobiliers débattus sur la place publique pour s'en convaincre. Qu'il s'agisse des Communaux d'Ambilly, du PAV, des Cherpines-Charrotons ou plus récemment du projet Challendin à Chêne-Bougeries, partout s'opposent intérêt public et intérêt privé, communes et canton.

 

La réorganisation institutionnelle est le défi majeur que Genève doit impérativement relever rapidement. S'ensuivra forcément l'organisation territoriale, la redéfinition des rôles entre l'État et les communes, la réduction inéluctable du nombre de ces communes, soit en les fusionnant, soit en les intégrant à la ville de Genève. Et puis il faudra bien réformer aussi la fiscalité, imposer les contribuables - les personnes morales comme les personnes physiques - sur le lieu de leur domicile, mettre en place une péréquation financière pour compenser certaines lacunes. On citera aussi la politique de la mobilité et l'incitation à utiliser les transports publics, l'organisation de la sécurité publique, etc.

 

Une constitution cantonale, texte fondamental, n'est pas un recueil de lois. Elle doit impérativement être réaliste pour être applicable. Elle doit être concise. Du fait du principe de la subsidiarité, elle doit impérativement éviter toute redondance avec la Constitution fédérale, voire avec d'autres principes implicites qui découleraient du simple bon sens ou de l'évidence.

 

A ce propos, il me plaît de rappeler que le regretté Joseph Voyame a rédigé seul et en six jours, l'avant-projet de Constitution du canton du Jura, assis sous un arbre devant sa maison de Saint-Brais dans les Franches-Montagne !

 

Alors un zeste de bon sens dans la bouillabaisse constitutionnelle genevoise n'est pas à dédaigner !

 

1) Notamment MM. Mizrahi, Gardiol, Kunz

http://cyrilmizrahi.blog.tdg.ch/archive/2011/11/16/consti...

http://votewatch.blog.tdg.ch/archive/2011/11/15/la-consti...

http://vertsassociatifs.blog.tdg.ch/archive/2011/11/16/en...

http://resistanceetouverture.blog.tdg.ch/archive/2011/11/...

http://pkunz.blog.tdg.ch/archive/2011/11/11/de-la-frustra...

http://pkunz.blog.tdg.ch/archive/2011/06/06/le-co2-a-cess...

http://ro.blog.tdg.ch/archive/2011/11/17/verrouillage-du-...

 

 

Commentaires

Une Constitution doit garder de la souplesse, les lois précisant la manière dont les principes seront appliqués. Une constitution pléthorique va donner une arthrose chronique au canton.

Bonne journée.

Écrit par : hommelibre | 29/11/2011

Bonjour John,

Merci de votre intérêt !

Oui, vous avez raison, une Constitution doit s'en tenir à l'essentiel et rester souple. Je ne suis pas dans les arcanes de la Constituante, mais je crains fort que le projet soit effectivement pléthorique.

Les constituants seraient bien inspirés de méditer l'adage :

"Qui trop embrasse, mal étreint !" Et Genève s'en trouverait insatisfaite ...

Bonne journée à vous aussi !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 29/11/2011

Pour ma part je pense qu'un constituante devrait se contenter de fixer le modus vivendi, les régles du jeu et rien que les règles du jeu:
Combien de sièges au Grand Conseil, ou au Conseil d'Etat, combien de communes, le nombre de signatures pour une initiative ou un référendum, ce genre de choses.

Le reste tout le reste, qui ressort de la politique et qui est susceptible d'évoluer en fonction des rapports de force électoraux, devait être laissé à la politique.

C'est une forme de dictature de la pensée que de prétendre vouloir imposer à long terme les opinions et points de vue d'aujourd'hui. Ils vont évoluer, dans un sens ou dans l'autre, et ce sera normal et légitime que les électeurs de demain puissent choisir eux-mêmes s'ils veulent ou non d'un droit au logement, de la complémentarité des modes de transport ou encore du type d'énergie qu'ils doivent consommer.

Laissons l'opinion évoluer au grès de ses envies, de ses besoins et des réalités extérieures.

Écrit par : Philippe Souaille | 29/11/2011

Bonsoir Philippe Souaille et merci de votre intérêt !

J'ai consulté les Constitutions cantonales de tous les cantons romands, celle du Tessin et des cantons de Berne et de Zurich. A part Genève, aucune d'entre elles n'interdit explicitement l'installation de centrales nucléaires et seule la Constitution vaudoise fait référence à cette énergie à son article 56 :

" ... Ils [ le canton et les communes ] collaborent aux efforts tendant à se passer de l’énergie nucléaire. "

L'énergie est un ensemble de domaines aussi vastes que complexes, étant entendu que les sources d'énergies primaires sont multiples et obéissent aussi bien aux lois du marché qu'à la situation politique internationale, à la science et à la technologie. Autant de domaines qui pour la plupart échappent aux décisions politiques genevoises.

Pour consulter l'intégralité des Constitutions cantonales, voir ici :

http://www.admin.ch/ch/f/rs/13.html#131

La plupart d'entre elles sont concises, elles se contentent de définir dans les principes :

=> les droits fondamentaux
=> l'organisation des pouvoirs, séparations des pouvoirs, autorités (exécutif, législatif et judiciaire)
=> les droits politiques (droits civiques, majorité civique, élections, etc.)
=> la (ou les) langue(s) officielle(s)
=> les tâches dévolues au canton et aux communes
=> aménagement et organisation du territoire (districts, communes, administration)
=> les finances publiques, budget, endettement, etc.
=> l'instruction publique
=> la santé

J'ose espérer que notre Assemblée constituante ne va pas accoucher d'un monstre, autant dire d'une "Genferei" ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 29/11/2011

@ Jean d'Hôtaux

Les constitutionnalistes s'entendent pour distinguer la constitution matérielle de la constitution formelle. Ce à quoi vous vous référez est la constitution matérielle.

Mais ce que l'on met dans la constitution formelle est ce qui est le plus important. Et ce qui est plus important est ce que le peuple estime être le plus important. Si le peuple estime que la prohibition du nucléaire est assez importante pour l'inscrire dans la constitution, il l'inscrit souverainement.

Cette prohibition est d'actualité contrairement à vos allégations. Elle a dans le passé permis de s'opposer à la construction d'une centrale à Verbois et, dès lors que la Constitution fédérale de 1999 n'a rien changé, elle le permet encore. Je ne connais pas de disposition constitutionnelle fédérale qui proclame ce principe. Y en aurait-elle que cela ne changerait rien. Un double verrou serait utile au vu de l'importance du sujet. Il y a fallu Fukushima pour que l'on change d'avis et, six mois après, certains tournent déjà casaque. Les déclarations tonitruantes du Conseil fédéral sont des déclarations politiques qui n'engagent que lui. Et encore jusqu'à ce qu'il change d'avis.

Je salue ici les opposants au nucléaire, de Nissin Chaïm à Christina Meissner et précise que si cette disposition disparaissait, je voterais contre le projet de constitution et j'ouvrirais mon chéquier pour le combattre.

Écrit par : CEDH | 29/11/2011

@ CEDH :

Bonsoir et merci de vos précisions et des distinctions entre "constitution matérielle" et "constitution formelle". J'ignorais ces nuances et j'admets bien volontiers que je me réfère à la "constitution matérielle" dans mon billet et mes commentaires.

J'admets également que la Constitution fédérale ne proscrit pas l'énergie nucléaire et partage entièrement votre analyse quant aux "déclarations tonitruantes du Conseil fédéral qui sont des déclarations politiques qui n'engagent que lui.". J'ajouterai même que ce sont des déclarations éminemment politiques, autant dire du racolage électoral antérieur aux élections fédérales du 23 octobre dernier et destinées à ce scrutin.

Quant à l'énergie nucléaire, je vous sais farouchement opposé à tout projet de Constitution cantonale qui ne prescrirait pas son interdiction. Vous m'avez déjà fait part de votre position lors d'un précédent échange à ce sujet.

Pour ma part, ainsi que je l'ai écrit dans mon billet, je suis opposé à ce qu'une telle interdiction figure dans la Constitution, ceci par cohérence mais aussi par principe. Si cet objet devait figurer dans notre Constitution cantonale, alors pourquoi d'autres thèmes, tout aussi dangereux, n'y figureraient pas eux aussi, même s'il relèvent des compétences de la Confédération ? Je pense par exemple à l'interdiction des mines personnelles.

Bref vous l'aurez compris je ne suis pas constitutionnaliste, même si les travaux de la constituante ne me laisse pas de marbre.

Pour en revenir aux "déclarations tonitruantes du Conseil fédéral" nous annonçant la fin du nucléaire pour 2034 en Suisse, j'ai trouvé cette annonce faite sous le coup de l'émotion, juste après la catastrophe de Fukushima, indigne d'un gouvernement et surtout totalement irresponsable. Je sais que mes propos risquent d'en choquer plus d'un, mais s'il est parfaitement logique et admissible que l'opinion publique s'émeuve des conséquences d'une telle catastrophe, on ne peut en dire autant de responsables chargés de conduire la politique fédérale sur la durée. Par conséquent le Conseil fédéral aurait été mieux inspiré d'analyser les causes et les conséquences de cette catastrophe, puis de commander un rapport sur les impacts de l'arrêt du nucléaire sur l'approvisionnement électrique de la Suisse en proposant des alternatives, avant de décréter péremptoirement l'arrêt des cinq réacteurs qui produisent tout de même 40% de notre consommation électrique.

Prendre des décisions c'est bien, les assumer c'est mieux ! Or le CF actuel n'assumera pas les conséquences de la décision qu'il vient de prendre.

En effet, d'ici à 2034, aucun des membres actuels du Conseil fédéral ne sera encore en fonction, Doris Leuthard la première. Pourtant il faudra bien d'ici là pouvoir compenser ces 40%, ce qui est loin d'être négligeable, attendu que l'Allemagne, puis plus récemment la Belgique, ont emboîté le pas à la Suisse, alors que l'Italie et l'Autriche ont renoncé au nucléaire. Nous nous retrouverons donc géographiquement très exposés à des pénuries d'électricité en Europe occidentale, mais pas davantage en sécurité pour autant, étant entendu que la France, pays le "plus nucléarisé" au monde n'a pas l'intention de démanteler ses centrales nucléaires, bien au contraire, vu les marchés qui s'offrent à elle, et pour cause !
Mais cela vous rassure-t-il de savoir que nos centrales suisses seront démantelées, la plus proche de Genève étant Mühleberg distante de 160 km environ, alors que les centrales françaises resteront en service, dont celle de Bugey dans l'Ain, distante de 70 km de Genève à vol d'oiseau ?

Vu l'heure tardive, j'abrège mes propos, mais j'aurai probablement l'occasion de revenir sur ce sujet prochainement, tant le sujet est vaste et complexe ...

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 30/11/2011

@ Jean d'Hôtaux

"...tout aussi dangereux, n'y figureraient pas eux aussi, même s'il relèvent des compétences de la Confédération ?"

Permettez-moi de ne pas être d'accord avec vous. Il existe à ce jour en ce domaine des compétences concurrentes entre la Confédération et le Canton. Le canton garde la compétence de ne pas prévoir de périmètre où l'on puisse construire une centrale nucléaire (103 Ia 329).

S'agissant du nucléaire ce n'est pas, en ce qui me concerne, une réaction émotionnelle en suite de Fukushima. J'y suis opposé depuis la nuit de mes temps et fait partie de ceux qui pensent qu'un Fukushima devait arriver et que le danger est, maintenant, qu'un nouveau Fukushima survienne. Sans compter le problème des déchets nucléaires ou de l'épuisement du combustible nucléaire de nature à conduire à des solutions encore plus dangereuses tel que le MOX, pour ne pas parler de surrégénération.

Le danger lié aux réacteurs du Bugey est certain, mais la multiplication des centrales entraîne une multiplication des dangers. Dès lors, moins il y en aura, mieux cela sera.

Nos sociétés sont comme folles. Un jour elles se focalisent sur les rejets de gaz à effet de serre et encensent le nucléaire et, le jour d'après, elles vouent le nucléaire aux gémonies oubliant les gaz à effet de serre. Et le Conseil fédéral suit.

Permettez de moi de camper sur mon antique (à l'échelle d'un homme) position : le nucléaire n'est pas une solution. Ce qui met en exergue la prévalence de la politique de l'autruche visant à dénier le problème de l'espèce humaine : le problème démographique. L'homme épuise sa niche écologique. Et le résultat, lorsqu'une espèce épuise niche écologique, est une diminution subite de sa population, voire sa disparition. Les adeptes d'une Suisse à 10 Millions d'habitants avec des ponts sur toute les rades, des autoroutes à quadruple voies, et des Ceva à tout bout de champs, sont des irresponsables passéistes.

Ceux qui s'opposent à une décroissance démographique, qui ne veut pas dire décroissance de richesse par habitant, préparent la guerre. Guerre classique ou civile devenue moyen de régulation démographique. D'ailleurs on y est presque.

Meilleures salutations

Écrit par : CEDH | 30/11/2011

@ Jean d'Hôtaux

"...tout aussi dangereux, n'y figureraient pas eux aussi, même s'il relèvent des compétences de la Confédération ?"

Permettez-moi de ne pas être d'accord avec vous. Il existe à ce jour en ce domaine des compétences concurrentes entre la Confédération et le Canton. Le canton garde la compétence de ne pas prévoir de périmètre où l'on puisse construire une centrale nucléaire (103 Ia 329).

S'agissant du nucléaire ce n'est pas, en ce qui me concerne, une réaction émotionnelle en suite de Fukushima. J'y suis opposé depuis la nuit de mes temps et fait partie de ceux qui pensent qu'un Fukushima devait arriver et que le danger est, maintenant, qu'un nouveau Fukushima survienne. Sans compter le problème des déchets nucléaires ou de l'épuisement du combustible nucléaire de nature à conduire à des solutions encore plus dangereuses tel que le MOX, pour ne pas parler de surrégénération.

Le danger lié aux réacteurs du Bugey est certain, mais la multiplication des centrales entraîne une multiplication des dangers. Dès lors, moins il y en aura, mieux cela sera.

Nos sociétés sont comme folles. Un jour elles se focalisent sur les rejets de gaz à effet de serre et encensent le nucléaire et, le jour d'après, elles vouent le nucléaire aux gémonies oubliant les gaz à effet de serre. Et le Conseil fédéral suit.

Permettez de moi de camper sur mon antique (à l'échelle d'un homme) position : le nucléaire n'est pas une solution. Ce qui met en exergue la prévalence de la politique de l'autruche visant à dénier le problème de l'espèce humaine : le problème démographique. L'homme épuise sa niche écologique. Et le résultat, lorsqu'une espèce épuise niche écologique, est une diminution subite de sa population, voire sa disparition. Les adeptes d'une Suisse à 10 Millions d'habitants avec des ponts sur toute les rades, des autoroutes à quadruple voies, et des Ceva à tout bout de champs, sont des irresponsables passéistes.

Ceux qui s'opposent à une décroissance démographique, qui ne veut pas dire décroissance de richesse par habitant, préparent la guerre. Guerre classique ou civile devenue moyen de régulation démographique. D'ailleurs on y est presque.

Meilleures salutations

Écrit par : CEDH | 30/11/2011

@ CEDH :

Bonjour !

En prenant exemple sur la possibilité d'inscrire l'inscrire l'interdiction des mines antipersonnelles dans notre Constitution cantonale, j'ai bien évidemment forcé un peu le trait pour tenter de démontrer que certaines compétences cantonales, même si elles existent légalement, n'en demeurent pas moins irréalistes. Garder la compétence "de ne pas prévoir de périmètre où l'on puisse
construire une centrale nucléaire" est une chose, concevoir un projet technique dans ce même périmètre en est une autre, étant entendu qu'une centrale nucléaire nécessite techniquement un plan d'eau ou un cours d'eau pour refroidir ses échangeurs de chaleur. Il en irait d'ailleurs de même s'il s'agissait d'une simple centrale thermique conventionnelle fonctionnant au charbon, à gaz ou au fuel.

Tout cela pour dire que les possibilités offertes par Genève pour l'hypothétique installation d'une centrale nucléaire sont actuellement quasi nulles. Le site de Verbois, pressenti il y a maintenant plus d'une trentaine d'années, n'est plus disponible puisqu'il a été occupé entre-temps par un poste de transformation électrique ainsi qu'une centrale solaire, installée il y a six ans. Par les temps qui courent, je ne vois vraiment pas le remplacement de cette centrale solaire par une centrale nucléaire.
Quant à d'autres implantations potentielles, je n'en vois aucune, car peut-on imaginer l'installation d'une centrale nucléaire sur les rives du Lac, à la Perle-du-Lac ou à La Belotte ?

En revanche, ce qui est potentiellement et techniquement plausible serait l'installation par EdF d'une telle centrale sur le Rhône, en territoire français, en aval de Chancy, à Seyssel, voire à Bellegarde, par exemple. Serions-nous pour autant à l'abri d'un incident, voire d'une catastrophe à Genève ? Non, bien évidemment pas.

La croissance économique n'est pas une fin en soi, c'est seulement un moyen d'assurer le maintien - seulement le maintien - de notre standard de vie. Toutefois cette croissance économique a un coût, écologique notamment, elle implique aussi des risques que notre société n'est pas toujours d'accord d'assumer. Tel est le cas aujourd'hui avec le nucléaire, l'opinion se rendant compte, presque subitement, après les catastrophes de Tchernobyl puis Fukushima, des conséquences de certaines options. Pourtant cette même opinion publique, si elle n'est pas d'accord d'assumer de tels risques, refuse aussi des alternatives qui semblent à priori plus écologiques. Je pense notamment aux projets éoliens dans les Franches-Montagnes et au-dessus de Delémont, aux panneaux photovoltaïques qui rencontrent des oppositions de la part de la police des constructions, sans même évoquer les projets de centrales thermiques, dont certains frappent par leur gigantisme (en Allemagne notamment) et qui libéreront quant à elles des millions de tonnes de CO2 dans l'atmosphère, alors que les engagements pris à Kyoto ne sont pas respectés et que s'ouvre aujourd'hui la conférence de Durban ...

Oui, nos sociétés sont folles comme vous le dites, mais nous sommes tous dans un même train qui roule à 200 km/h et nous ne pouvons malheureusement pas sauter en marche !

Affaire à suivre comme on a coutume de le dire ...

Bonne journée quand même !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 30/11/2011

@ Jean d'Hôtaux

"La croissance économique n'est pas une fin en soi, c'est seulement un moyen d'assurer le maintien - seulement le maintien - de notre standard de vie."

Pourquoi faudrait-il une croissance économique pour maintenir notre standard de vie ? Si croissance économique il y a, de deux choses l'une : soit il y a amélioration du standard de vie, soit il y a augmentation de la population (ou les deux).


Meilleures salutations.

Écrit par : CEDH | 02/12/2011

@ CEDH :

Bonsoir!

Je ne suis pas économiste, mais pour plusieurs raisons je pense.

1° La population vieillit, ce qui est déjà en soi une conséquence de l'élévation du standard de vie, même si ce n'est pas un choix délibéré. Par conséquent, pour autant que l'âge de la retraite ne soit pas prolongé, le ratio actifs/retraités décroît au fil des années. En admettant que l'on maintienne les rentes de retraite au même niveau, les actifs devront cotiser davantage (système par répartition : AVS), ou alors les rendements des placements en capitaux devront croître (système par capitalisation : rentes du 2ème pilier). Dans les deux cas, on voit bien que la croissance économique est nécessaire au maintien de notre standard de vie.

2° Nous ne vivons pas en autarcie, nous ne le pourrions plus, même au niveau de la Suisse, la production agricole n'y suffirait pas, elle qui peinait déjà à nourrir les 4,5 à 5 millions d'habitants durant la dernière guerre. Or nous sommes 8 millions à ce jour, les surfaces agricoles se sont réduites et même si la productivité par hectare a augmenté grâce à la technique - fruit de la croissance faut-il le rappeler -, l'agriculture suisse à elle seule ne serait plus en mesure de nous nourrir. Par conséquent nous sommes contraints d'exporter des biens et des services pour compenser ce que nous importons, afin d'équilibrer notre balance commerciale. Mais pour pouvoir exporter ces biens et services, ceux-ci doivent être concurrentiels (prix et qualité), ce qui signifie que nous devons faire au moins aussi bien que nos concurrents. Cet "au moins aussi bien, qui est en fait un "un peu mieux", se traduit finalement par une croissance reflétée par le "PIB".
Mais cette croissance, aussi infime soit-elle, pouvons-nous réellement la contrôler ?

3° Dans toute société, chaque individu aspire à améliorer ses conditions sociales et cela est parfaitement légitime je pense. Comment y parvenir autrement, sauf à vouloir commettre des vols ou des escroqueries, qu'en travaillant plus, en étant plus productif, en améliorant sa formation professionnelle, etc. Et si tout va bien, l'individu va améliorer ses conditions de vie et gravir l'échelle sociale. Qu'est-ce donc sinon de la croissance ?

4° Et finalement sans croissance, nous ne serions pas aujourd'hui tous les deux confortablement installés devant notre ordinateur, lequel est régulièrement mis à jour (matériel et logiciel), mais peut-être en train de ramasser du bois mort dans la forêt pour nous chauffer, c'est-à-dire pour survivre tout simplement.

Finalement la Constituante mène à tout, pour peu qu'on la critique, même à la philosophie ... ;o)

Excellente fin de semaine !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 02/12/2011

Il me semble qu'il y a un malentendu sur le concept même de croissance économique. En ce qui me concerne, je me référais au PIB. Plus exactement au PIB en valeur réelle ou au PIB en valeur réelle par habitant. A partir de cette précision, je reprends.

"La croissance économique n'est pas une fin en soi, c'est seulement un moyen d'assurer le maintien - seulement le maintien - de notre standard de vie."

Pourquoi faudrait-il une élévation du PIB réel pour maintenir notre standard de vie ? Si augmentation du PIB réel il y a, de deux choses l'une : soit il y a augmentation du PIB réel par habitant, soit il y a augmentation de la population (ou les deux).

Pour répondre à vos objections, je pense :

1. Le maintien du PIB réel par habitant est suffisant. Par contre ce qui est nécessaire est l'augmentation de la production de ceux qui sont actifs. Par l'augmentation du nombre d'actif ou par l'augmentation de la productivité par actif. Ce qui peut effectivement être vu comme une amélioration du fonctionnement économique, mais n'entraîne pas nécessairement une croissance économique. Se pose bien évidemment la question de la redistribution.

2. Il est certes nécessaire de faire mieux. D'augmenter la productivité. Mais nullement d'augmenter la valeur marchande ce ce qui est exporté. Sauf si le prix de ce qui est importé venait à augmenter. Ce qui est plausible (énergie). Mais alors il faudra compenser la baisse d'une composante du PIB (importation) par une autre (exportation) afin de maintenir le PIB au même niveau. Toujours la même chose : mieux mais pas plus.

3. L'amélioration de la richesse de l'un sans abaissement de la richesse de l'autre nécessite sans doute l'augmentation du PIB réel. Encore faudrait-il que tous ne périssent pas des effets de cette amélioration généralisée. En tous les cas, il ne s'agit plus du seul maintient du standard de vie.

4. Ce que vous dites est exact, mais avec une précision il s'agit de la croissance passée.

Il y a sous-jacent à ce qui précède deux questions, celle des migrations et celle du choix de société. Si la première doit sans doute tenir compte du contexte politique international, la deuxième doit, me semble-t'il, tenir compte des risques écologiques.

Meilleures salutations.

Écrit par : CEDH | 02/12/2011

@ CEDH :

Bonsoir et merci de votre commentaire !

" Pourquoi faudrait-il une élévation du PIB réel pour maintenir notre standard de vie ? Si augmentation du PIB réel il y a, de deux choses l'une : soit il y a augmentation du PIB réel par habitant, soit il y a augmentation de la population (ou les deux). "

Actuellement nous assistons en Suisse à la fois à une augmentation du PIB réel par habitant et à une augmentation de la population. Donc les deux.

Quant au choix de société et aux migrations, je pense qu'ils nous sont imposés par l'environnement culturel, politique et économique de la Suisse d'une part, à la situation internationale d'autre part, s'agissant des migrations.

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 04/12/2011

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