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04/12/2011

Angela Merkel fille spirituelle d’Otto von Bismarck ?

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Dans un billet publié ce jour sur son blog, Pascal Décaillet assimile Angela Merkel à une impératrice germanique tentée par la réinstallation du Saint-Empire. Rien que cela !

Voir ici : « Angela 1ère »

 

Montebourg a-t-il raison de comparer Angela Merkel à Bismarck, comme le suggère Pascal Décaillet ? Faut-il prendre au sérieux les récentes déclarations de Montebourg comparant l'actuelle chancelière allemande à Bismarck ? (Voir ici)

Montebourg nous a habitués à de telles déclarations tonitruantes, qui ne sont en fait que des effets de manches destinés à l'opinion publique française, des manœuvres de diversions, autant dire de la démagogie pure.

N'est-ce pas lui qui, dans une tribune publiée par Libération (2 janvier 2007), avait menacé la Suisse de bloquer ses frontières pour abattre le secret bancaire helvétique en se référant au blocus décrété par le général de Gaulle contre la principauté de Monaco en 1963 ?

 

Voir dans les déclarations d'Angela Merkel un quelconque "diktat" adressé aux partenaires de l'Allemagne sur la manière de gérer leurs budgets et faire référence à l'histoire pour étayer cette thèse comme le fait Pascal Décaillet, n'est pas fondé !

 

Angela Merkel est parfaitement dans son rôle et a raison de rappeler à ses partenaires leurs engagements pris lors des accords de Maastricht sur les critères de stabilité et de croissance, à savoir la rigueur budgétaire en limitant le déficit budgétaire à 3% du PIB et le maintien du taux d'endettement public au-dessous de 60% du PIB.

 

Pour mutualiser les dettes publiques de la zone euro, il faudrait que la BCE puisse émettre des "euro obligations" (Euro Bonds), mais en l'état la BCE n'est pas réellement une banque centrale ordinaire du fait de l'absence d'union budgétaire et fiscal des pays qui composent ladite zone. De ce fait ces "Euro Bonds" ne peuvent être adossés à la zone euro en tant que telle puisque celle-ci ne constitue pas à ce jour une entité assimilable à un État susceptible de garantir ces emprunts, ceci contrairement aux obligations d'États telles que nous les connaissons. C'est pourquoi Angela Merkel prône une plus grande intégration, vers une union budgétaire et fiscale. L'UE et plus particulièrement la zone euro, se trouve donc aujourd'hui au milieu du gué, alors que sa popularité n'a jamais été aussi basse.

Délicat à expliquer aux opinions publiques, notamment en période de pré-campagnes électorales aussi bien en France qu'en Allemagne d'ailleurs.

 

Madame Merkel est donc parfaitement cohérente dans sa démarche. On est en droit d'en attendre autant de la France, qu'il s'agisse de l'UMP de Sarkozy ou du PS.

En effet, on ne peut revendiquer de l'aide financière sans donner en contrepartie des garanties, budgétaires notamment.

 

Dans la piètre situation financière qui est la sienne - la dette publique dépasse les 1'700 milliards d'euros, soit plus de 86 % du PIB - et vu la proximité de l'élection présidentielle, la France est dans une situation politique fort délicate, placée qu'elle est entre le marteau de la rigueur budgétaire et l'enclume sociale qui résonne dans la rue, sa marge de manœuvre est fort réduite.

 

L'indépendance, la liberté et la souveraineté se mesure à l'aune de la solvabilité, et si ce principe vaut pour une personne physique, il l'est également pour un État.

 

23:13 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : ue, merkel, bismarck, montebourg, zone euro, déficits publics | |  Facebook

Commentaires

Un rappel pour vos lecteurs. Une évidence perdue de vue. L'Italie n'est pas endettée. C'est bien l'Etat italien qui est endetté. L'épargne italienne est de plus de quatre fois supérieure à la dette de l'Etat italien. Même en tenant compte de l'endettement des ménages et des entreprises italienne, l'Italie a de quoi payer les dettes de l'Etat italien.

Le problème est de savoir qui ? Un impôt spécial au taux de 25 % de l'épargne, avec une franchise non imposable, ou bien la diminution des rentes de personnes âgées. Choix politique.

En France, le déficit des l'Etat français est inférieur aux "cadeaux" fiscaux des 30 dernières années. Choix politique.

Quant à l'Allemagne. Est-elle un parangon de vertu ? Elle est aussi endettée que la France. Et la dette implicite liée aux banques ne vaut pas mieux. Sont déficit 2011, elle le maquille. Il est inférieur à l'augmentation de la dette. Et son modèle social, c'est Hertz IV. Choix politiques.

En suisse, la BNS intervient. Qui aide-t'elle ? Les entreprises exportatrices. Choix politique. Et aussi les salariés parce que la Suisse ne peut plus exporter son chômage. Choix politique. Qui va en payer le prix ? La classe moyenne qui, contrairement aux pauvres, a un peu d'épargne libre ou, pire encore, liée; les riches pouvant se prémunir de l'inflation. Choix politique d'une BNS anti-démocratique.

Le problème est politique.

Bien à vous.

Écrit par : CEDH | 05/12/2011

Bonjour CEDH,

Merci de votre intérêt !

L'Italie, je ne l'ai pas évoquée dans mon billet, parlons-en tout de même. Oui en effet vous avez raison de le rappeler, c'est l’État qui est endetté en Italie, puisque l'épargne individuelle est florissante. Curieux paradoxe qui met en évidence la faiblesse de l’État à trouver les ressources fiscales nécessaires à assurer son train de vie. Autant dire un problème politique.

Il faut relever à ce sujet que l'Italie vient de lancer des obligations d’État qui semble-t-il rencontrent un franc succès auprès des Italiens, lesquelles soulageront un peu le poids des intérêts de la dette.

Il faut saluer les décisions courageuses prises par Mario Monti et son gouvernement qui viennent d'annoncer les premières mesures d'économies budgétaires, dont le prolongement de l'âge de la retraite. C'est donc un gouvernement de techniciens qui prend des mesures politiques qui s'annoncent d'ores et déjà très impopulaires.

" En France, le déficit des l'Etat français est inférieur aux "cadeaux" fiscaux des 30 dernières années. Choix politique. "

Bien sûr que ce l'on appelle en France des "cadeaux fiscaux", étaient un choix politique qui s'est révélé peut-être être une erreur, depuis 2007 surtout. Mais cette erreur commise depuis 2007 aurait-elle été un succès si la conjoncture économique ne s'était pas autant dégradée ces dernières années ?
Bien malin qui peut l'affirmer aujourd'hui.

D'une manière générale, c'est également ici une inadéquation de la politique budgétaire de la France qui a creusé sa dette publique, puisque le budget de l’État est déficitaire depuis plus de 30 ans et ceci indépendamment de la couleur politique des gouvernements successifs.
De là à parler de "cadeaux fiscaux" dans ce qui n'est rien d'autre qu'un choix politique dans la toujours très complexe fiscalité, c'est un pas que je ne franchirai pas. En effet la politique fiscale est très complexe et les paramètres de cette fiscalité sont très interdépendants. En modifier un peut engendrer des effets considérables sur le résultat final.

A ce propos, j'entendais la semaine dernière (1.12.2011) sur RSR1 dans l'émission "Forum", Pascal Broulis interviewé à propos des mesures annoncées par le Conseil fédéral sur le volet fiscal de "l'orientation de la stratégie énergétique 2050". Ces mesures fiscales censées fiscaliser davantage l'énergie sont accueillies avec beaucoup de réserve par le "grand argentier" vaudois qui met en garde contre le remplacement d'un impôt par un autre, car prévient-il, on déplace la charge fiscale d'une population sur une autre, avec des effets qui peuvent être dangereux.
A n'y prendre garde, on joue à l'apprenti sorcier.

L'Allemagne n'est certes pas un parangon de vertu, pourtant ce pays a mené d'importantes réformes de modernisation en plus d'avoir assumé seul la charge financière énorme de la réunification.

Quant à la BNS en Suisse, "sa mission est de conduire la politique monétaire et de donner la priorité à la stabilité des prix." comme le signale son mandat.

http://www.snb.ch/fr/iabout/snb

Elle n'est pas inféodée au Conseil fédéral et même si l'on parle de "politique monétaire", il s'agit certes d'orientations politiques, mais dont la BNS détient les compétences qui sont définies dans la "loi sur la Banque nationale" (LBN), loi que vous connaissez parfaitement en tant que juriste, mais que je cite ici dans l'intérêt général.

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 05/12/2011

Au fond, si j'ai cité l'Italie c'est que son cas est l'illustration exemplaire d'un point fondamental : les Etats sont endettés mais pas les nations. Les prélèvements fiscaux ont été insuffisants pour assurer le financement d'états providences pas toujours optimaux. A qui cet état de fait profite-t'il ?

Globalement, depuis la fin des années 70, il y a eu redistribution des revenus des entreprises : plus pour le capital et moins pour le travail. Et parmi les salariés, on ne peut que constater une explosion des gros salaires de la technostructure, laquelle fait main basse sur les profits. L'Allemagne a plus que d'autres fait ce choix. A qui profite l'alignement sur le modèle allemand ?

Vous dite que Mario Monti a pris des décisions courageuses ? Genre consensus de Washington. A qui profitent ces mesures ? Quelles forces politiques tireront les marrons du feu ?

La BNS. Son fonctionnement est tout sauf démocratique. Ses chefs ne sont pas élus. La densité normative est faible. Le contrôle du peuple et le contrôle judiciaire inexistant. Et aujourd'hui, il se pourrait bien qu'elle déraille ouvertement. Naguère sa rhétorique était de lutter contre la déflation. Aujourd'hui elle a changé, elle admet lutter pour les exportations. A qui profitent ses mesures ? Aux exportateurs, aux travailleurs immigrés et à la libre circulation avec l'UE. Est-ce bien l'intérêt général ? Lui appartient-il de définir ce qu'est l'intérêt général ?

La Fed n'émet pas d'emprunt. Elle rachète ceux qu'a émis l'Etat fédéral américain. Et c'est ce que certains aimerait que fasse la BCE. Avec des montants colossaux comparables à la Fed, sans qu'il n'y ait plus de possibilité de stérilisation effective. Dans un sens ce n'est pas si grave si l'on se concentre sur la parité US/Euro et que l'on milite pour l'expropriation de la classe moyenne. Mais il y a les autres, il n'y a pas que l'occident. L'occident est en voie de régression.

La suisse doit elle s'aligner sur ceux qui coulent ?

Montebourg. Vu l'évolution depuis le 2 janvier 2007, ne serait-il pas (un peu) visionnaire ? En tous les cas, au vu de la faiblesse du Conseil fédéral, ses voeux sont devenus ou en voie de devenir réalité.

Bismarck. Bismarck n'a-t'il pas unifié l'Allemagne sous la férule prussienne ? Les exigences de Merkel ne sont-elles pas une plus grande unification de l'UE sous la férules des thèses allemandes ?

Je crains qu'aujourd'hui nous divergions quelque peu.

Bien à vous.

Écrit par : CEDH | 05/12/2011

@ CEDH :

Bonsoir !

" Je crains qu'aujourd'hui nous divergions quelque peu. "

Oui c'est possible, mais on ne peut être d'accord sur tout, et c'est l'intérêt des blogs que de pouvoir échanger des opinions.

" Globalement, depuis la fin des années 70, il y a eu redistribution des revenus des entreprises : plus pour le capital et moins pour le travail. "

Oui, assez d'accord avec vous, mais ce qui me préoccupe le plus c'est cet acharnement à vouloir une rentabilité presque immédiate de ce capital. En contrepartie, il faut bien admettre que les caisses de pension - notre 2ème pilier - figurent en bonnes places dans le capital des entreprises. C'est donc aussi par le biais des statuts de ces caisses de pension qu'il faudrait agir pour modifier la situation, encore faut-il vouloir admettre que le rendement maximum n'est pas le seul critère, la pérennité des entreprises est tout aussi importante. Certaines caisses et certains fonds, "Ethos" notamment, s'en préoccupent en définissant des critères basés sur l'éthique de leurs placements dans leurs statuts.

Concernant la BNS, elle agit dans le cadre et selon le mandat qui lui ont été conférés par la Constitution et la "LBN". Vous dites que son "fonctionnement n'est pas démocratique", que "le contrôle du peuple et le contrôle judiciaire sont inexistants", et que "sa densité normative est faible", je veux bien l'admettre et vous êtes certainement mieux informé que moi sur la question.
Toutefois je pense qu'il est important que la BNS puisse mener une politique monétaire indépendante et que ses décisions ne soient pas influencées par le pouvoir politique. J'ai quant à moi le sentiment que la BNS a fait du bon travail, notamment dans les mesures qu'elle a prise pour juguler la hausse du franc suisse par rapport à l'euro. Des pans entier de notre économie étaient et sont toujours menacés et on ne peut pas vraiment dire que ces mesures ont profité aux exportateurs, aux travailleurs émigrés ou à la libre circulation avec l'UE. Ces mesures ont globalement profité à l'économie suisse dans son ensemble.

En tout état de cause, tout n'est pas gravé dans le marbre et nos institutions politiques nous permettraient le cas échéant de modifier le mandat confié à la BNS, par le biais d'une initiative populaire par exemple.

Je ne pense pas que la Suisse s'aligne sur ceux qui coulent, les chiffres démentent ce fait. Prenez le taux de chômage, il est en Suisse de 3,4%, alors qu'il dépasse les 10% au sein de la zone euro.
D'ailleurs l'avez-vous remarqué, depuis quelques temps on distingue dans les médias la "zone euro" de l'UE proprement dite ...

Montebourg n'a absolument rien de visionnaire, il ne fait que récupérer l'événement pour être visible.

Vous avez parfaitement raison de rappeler que Bismarck a unifié l'Allemagne sous la férule prussienne, mais si Merkel est en faveur d'une plus grande unification de l'UE, c'est simplement en vertu de principes économiques qui sont davantage des thèses de rigueur, de culture protestante peut-être (?), mais qui ne sont pas proprement allemandes. Voir dans les exigences allemandes actuelles une nostalgie dominatrice qui remontrait au XIXème siècle me laisse songeur.

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 05/12/2011

@Bonus sportif une secte vous paierait -elle à la faute d'ortographe?

Écrit par : gavroche | 17/05/2014

Excellente lecture, merci enormément ! ! !

Écrit par : site paris sportifs | 28/05/2014

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