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18/02/2014

La démocratie directe à l’épreuve de l’UE

On a pas fini d’encaisser le choc de ce scrutin du 9 février dernier que déjà il nous incite à de profondes réflexions sur la démocratie directe et de ses usages, à la base du résultat.

Il faut dire que la presse et les médias étrangers nous interpellent beaucoup à ce sujet et nous obligent à une profonde introspection, notamment à propos de notre système de démocratie directe.

La démocratie directe aurait-elle failli, aurait-elle marqué ses limites, serait-elle un instrument populiste comme le suggèrent certains Européens ?

J’entendais vendredi dernier 14 février sur les ondes de RTS 1 (à réécouter ici : L’invité du 12h30), le philosophe français Luc Ferry de passage en Suisse, commenter ce scrutin et dire tout le mal qu’il pensait de la démocratie directe, alors qu’il était interviewé sur le résultat de cette votation du 9 février. Il disait toute son admiration pour Rousseau tout en précisant que sur la démocratie directe, l’illustre citoyen de Genève s’était «  totalement planté ». Mon respect pour Luc Ferry marque ici le pas sur une telle déclaration péremptoire et je ne peux m’empêcher de penser aux propos d’Andreas Gross, Conseiller national zurichois, jadis interviewé lui aussi sur le droit d’initiative et ses dérives éventuelles qui déclarait :

« Ce n'est pas parce que le messager apporte de mauvaises nouvelles qu'il faut le tuer, c'est par des arguments qu'il faut combattre toute initiative jugée excessive, pas en restreignant les droits démocratiques. La démocratie directe est le miroir de la société, ce n'est pas en cassant le miroir qu'on changera la société ... »

Oui, la démocratie directe est bien le miroir de la société, mais poussons plus loin la réflexion et interrogeons-nous sur nos responsabilités de citoyens auxquels l’Etat a conféré des droits civiques considérables en regard de ceux octroyés à nos pairs dans les pays voisins, mais qui attend en retour des décisions matures et réfléchies.

Le politologue suisse Antoine Chollet, définissait quatre valeurs constitutives de la démocratie dans son essai consacré à la démocratie directe, intitulé « Il faut défendre la démocratie directe ». Ces quatre valeurs sont selon lui :

         L’égalité, la liberté, l'autonomie et l'émancipation.

Oui, l’émancipation est bien la valeur qui caractérise spécifiquement la démocratie directe par rapport à la démocratie représentative, car elle élève le citoyen et le responsabilise. Elle l’oblige - elle le devrait tout au moins - à étudier à fond toutes les questions soumises au scrutin et notamment les notices explicatives qui lui sont remises avec le matériel de vote. Certes cela prend du temps, mais c’est le prix à payer pour accéder à des privilèges que la plupart de nos voisins européens nous envient. Combien parmi nous se soumettent-ils à un tel exercice avant de glisser leur bulletin dans l’urne ?

Convaincu pour ma part que le Peuple n’est pas moins éclairé que les « élites censées » le représenter, il m’apparaît toutefois indispensable que ce même Peuple se sente responsable de son destin et ne s’en remette pas à ses élites si par malheur il devait s’être trompé, car en Suisse point de Président-monarque auquel on confie son destin, duquel on attend tout et auquel on adresse suppliques et reproches lorsque tout va mal. En effet, au même titre que ses représentants, le Peuple n’est pas infaillible. Il n’a pas toujours raison. Alors qu’il assume !

Respectueux des décisions du Peuple, je reste pour ma part convaincu que celui-ci s’est trompé ce dimanche 9 février 2014, mais l’histoire jugera.

N’en déplaise aux contempteurs de la démocratie directe, jamais en revanche il ne me viendrait à l’idée de remettre en question cet énorme privilège que nous possédons en Suisse, celui d’être responsables de nos décisions. Une spécificité culturelle dont les Suisses ne sauraient se passer à aucun prix et dont ils sont probablement les seuls à être convaincus des vertus.

 

 

01/02/2014

9 février : la tête et les tripes, entre raison et déraison

Non, il ne s’agit pas d’un billet consacré à l’anatomie, ni de philosophie dont il est question ici, simplement de quelques réflexions nourries à partir de billets et de commentaires lus sur les blogs de la TdG à propos de l’initiative de l’UDC visant à lutter « contre l’immigration de masse ».

On a pu lire par exemple sur le blog d’un certain journaliste, fort actif à défendre l’initiative, ceci à raison de plusieurs billets quotidiens parfois, qui titrait l’un d’eux : « 9 février : La campagne éhontée du Conseil fédéral ». Ehontée ? Ah bon, et en quoi le serait-elle ? On se le demande bien !

Alors que les initiants et leurs séides tentent de nous faire accroire par exemple que leur initiative constituerait un obstacle contre « la criminalité étrangère » alors que c’est bien l’ALCP (l’Accord sur la Libre Circulation des Personnes) et au-delà, l’ensemble des accords bilatéraux et nos relations avec l’UE qui sont visés, en quoi cette criminalité étrangère, certes bien réelle, mais exogène, serait-elle pertinente dans ce débat ? En effet, comme chacun devrait le savoir, pour peu qu’on prenne la peine de consulter les statistiques, cette criminalité est avant tout le fait de délinquants étrangers non résidant en Suisse.

Et puis franchement, lorsque ces mêmes initiants nous parlent des effets négatifs - bien réels - causés par cette forte immigration, en quoi l’adoption de cet article constitutionnel rendrait le trafic automobile plus fluide, réduirait la fréquentation des voyageurs dans les trains ou détendrait le marché du logement ?

Certains commentaires de blogueurs me laissent tout aussi perplexe. Qu’on en juge.

Certains prétendent voter « oui » à l’initiative pour « emm...er » Yves Rossier, le secrétaire d’Etat en charge des futures négociations avec l’UE. Un autre explique avoir voté « oui », mais que de toutes façons il allait bientôt « se tirer avec sa retraite pour s’installer en Tasmanie ». Espérons pour lui que d’ici là, l’Australie n’aura pas elle-même appliqué des quotas d’immigration ... Oui, on mine le terrain, on allume la mèche et « on se tire ». Quel courage ! C’est totalement irresponsable et indigne du civisme le plus élémentaire.

D’autres se plaignent du soi-disant excès des fonctionnaires fédéraux, dont l’effectif serait pléthorique et feraient, à les lire, la pluie et le beau temps à Berne. Là on rêve, car n’est-ce pas Christoph Blocher lui-même, alors Conseiller fédéral, qui a démantelé des pans entiers du « DFJP » (Département Fédéral de Justice et Police) lorsqu’il en était responsable, en lui causant des dégâts irréparables ?

Soyons sérieux !

Qui a voulu « l’ALCP » (l’Accord sur la Libre Circulation des Personnes) sinon le peuple suisse qui l’a démocratiquement adopté dans le cadre de la votation du 21 mai 2000 sur les « Accords bilatéraux I avec l’UE », par 67,2 % des voix ?

Pour être crédible, une action politique doit s’inscrire dans la durée et doit être cohérente. Si d’aventure cette initiative devait être acceptée, elle affaiblirait considérablement la position de la Suisse lors des futures négociations avec l’UE (accord sur les services financiers et accord sur l’électricité notamment), pour autant que le partenaire veuille bien négocier ...

Affaiblir la position du Conseil fédéral, là est la véritable intention de l’UDC, qui initiative après initiative mène un travail de sape contre le gouvernement. En vérité l’UDC n’a aucune intention de résoudre les dérives liées à cette « immigration de masse » qu’elle dénonce. Bien au contraire, c’est même son fonds de commerce. Qu’il s’agisse de réglementations concernant le marché du travail, de financements de projets ferroviaires ou routiers, de l’augmentation du prix de la vignette autoroutière ou d’aménagement immobilier, l’UDC s’oppose à tout, ou presque.

Ce que vise l’UDC c’est réduire l’Etat à sa plus simple expression. Elle le veut nu. Dans ces conditions, il est tout de même bizarre que le journaliste évoqué plus haut plaide à la fois pour un Etat fort tout en défendant les thèses de l’UDC à longueur de billets. Cette posture est totalement incohérente et peu crédible.

Soyons clairs, on peut parfaitement voter en faveur de l’initiative de l’UDC, mais il faudra en assumer les conséquences économiques, car conséquences il y aura forcément. Seule l’amplitude des dégâts nous est inconnue. Si par déraison cette initiative devait être acceptée, on les entend déjà ceux qui ne se gêneront nullement d’attaquer le Conseil fédéral qu’ils auront contribué à affaiblir, le traitant d’incapable lors des futures négociations avec notre principal partenaire économique, l’UE, eux qui l’auront dépossédé de toute crédibilité !

Qu’on en revienne à la raison !