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16/08/2014

La cohésion nationale en danger

Le danger majeur qui menace aujourd’hui la Suisse ce n’est pas l’Union Européenne, mais le délitement de la cohésion nationale.

La cohésion nationale est en effet menacée, mais le danger vient de l’intérieur du pays, il prend la forme de l’indifférence et du repli sur soi des groupes linguistiques. C’est ainsi qu’on assiste depuis quelques années aux velléités d’abandonner l’enseignement du français comme première langue enseignée à l’école dans les cantons de l’est de la Suisse et ceci au profit de l’anglais. Le canton de Thurgovie vient de franchir un pas de plus cette semaine. Par la voix de son parlement, il demande au gouvernement thurgovien de lui présenter un projet de loi qui supprimerait purement et simplement l’enseignement du français à l’école primaire.

La cause du problème n’est pas l’enseignement du français en soi, mais l’obligation d’enseigner deux langues étrangères à l’école primaire, conformément au « concordat HarmoS » adopté au sein de la « CDIP » (la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique).

C’est ainsi que « HarmoS » contraint les cantons ayant adhéré à son concordat à enseigner « une deuxième langue nationale et l'anglais pour tous dès l'école primaire, au plus tard à partir de la 3e et de la 5e année scolaire (comptage basé sur 9 années de scolarité obligatoire) ».

C’est ce principe qui est contesté par les milieux concernés, notamment par les enseignants, mais aussi par les parents d’élèves. Les conditions pour assurer l'enseignement de deux langues étrangères au niveau primaire ne seraient pas encore réunies, estiment-ils.

A ce stade, deux questions se posent d’emblée.

La première : Comment se fait-il que cette surcharge de travail ne soit dénoncée qu’en Suisse alémanique uniquement, particulièrement en Suisse orientale, alors que les cantons francophones et le Tessin ne semblent pas en être affectés ?

La seconde : Pourquoi serait-ce au français, langue nationale, d’être sacrifié au profit de l’anglais ?

A la première question, on peut répondre sans hésiter que le problème est propre à la Suisse alémanique et à l’usage omniprésent du dialecte suisse-allemand, le « Switzerdütsch », dans la vie quotidienne de nos compatriotes alémaniques. C’est ainsi que le petits alémaniques qui commencent l’école doivent s’astreindre à parler le bon allemand, le « Hochdeutsch », qui constitue pour l’immense majorité d’entre eux, une langue étrangère.  Cette particularité représente indéniablement un surcroît de travail, mais on ne peut s’empêcher de remarquer que la première langue nationale, inscrite à l’article 4 de la Constitution fédérale est bien l’allemand et que le dialecte n’y est mentionné nulle part. Extrait de la Constitution fédérale :

Art. 4 Langues nationales

Les langues nationales sont l’allemand, le français, l’italien et le romanche.

Force est de constater, une fois de plus, que nos compatriotes suisses-alémaniques ont un problème avec la langue allemande qu’ils parlent souvent très mal au point d’en faire un complexe. Est-ce aux minorités linguistiques du pays d’en faire les frais ?

A la seconde question, nos compatriotes suisses-alémaniques, gens pragmatiques, répondront que le français n’est plus tendance, qu’il ne fait pas le poids face à la langue universelle, omniprésente dans la plupart des secteurs économiques. Il faut ajouter à cela l’image dégradée de la France, un pays dont on se gausse volontiers outre Sarine. Il faut admettre aussi que l’apprentissage de l’anglais leur est plus aisé.

Du fait que l’instruction publique relève de la compétence des cantons, la Confédération hésite à intervenir pour rappeler à l’ordre les cantons oublieux de leurs responsabilités et en appelle au principe de la cohésion nationale, car c’est bien celle-ci qui est en danger.

Mais les Suisses alémaniques seraient-ils les seuls à s’asseoir sur la cohésion nationale en boudant le français ? Comment nous autres Suisses romands nous comportons-nous à l’égard des autres langues nationales ? Faisons-nous l’effort de parler l’allemand ou l’italien dans nos rapports avec nos compatriotes ? Lisons-nous leurs journaux, la NZZ, le Tagesanzeiger ou le Corriere del Ticino ? Suivons-nous les émissions d’informations et des débats nationaux tels que « Arena » sur SRF1 à la TV ?

Les Suisses doivent impérativement se ressaisir s’ils veulent démentir l’affirmation que l’on prête à feu le Conseiller fédéral Georges-André Chevallaz, selon laquelle la cohésion nationale tiendrait au fait que les différentes régions du pays ne s’occupent guère les unes des autres, « Les Suisses s’entendent bien car ils ne se comprennent pas » ...

Etait-ce une boutade ? Cette affirmation devrait au moins nous faire réfléchir !

 

Articles mis en liens :

 

Pour ceux qui veulent aller plus loin, ils trouveront ci-après quelques articles mis en liens qui traitent de ce thème. En relevant les dates de publication de ces articles, on constate que le problème n'est pas nouveau, mais qu'il s'aggrave encore.

- Un billet de la Conseillère nationale Josiane Aubert publié dans "Politblog" en août 2012.

- L'article d'un Suisse alémanique, Peter Köppel, ancien chargé de cours en littérature française.et comparée à l’Université de Zurich. Un article un peu à contre-courant, publié dans "Bilan" en décembre 2013


- Finalement, un article plus récent publié par "Le Temps" en date du 6 août dernier.