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20/06/2015

Outrance verbale et irresponsabilité politique

Dans un billet publié le 16 juin dernier sur cette même plate-forme, Sylvain Thévoz, blogueur et militant socialiste, faisait part de sa colère à la suite de la décision du Conseil d’État de déplacer des requérants d'asile déboutés (NEM : « non entrée en matière »), célibataires de surcroît, du foyer des Tattes à Vernier, dans des abris de protection civile, ceci afin de libérer de la place pour pouvoir y accueillir des familles de réfugié syriens. L'outrance du titre du billet en question « La rafle des Tattes, l'abri du Grütli » et son contenu n'ont pas manqué de susciter de nombreuses réactions d'indignation. Il faut dire qu'il y avait de quoi. L'utilisation du terme « rafle » n'est pas innocente, il suggère en effet que l'évacuation des « NEMs » du foyer des Tattes est assimilable à la « Rafle du Vél d'Hiv » à Paris en juillet 1942 par le Gouvernement de Vichy. Ce rapprochement est scandaleux, attendu que le Conseil d’État est l'organe exécutif du canton de Genève et qu'il tire sa légitimité des urnes et non un gouvernent autoproclamé comme celui de Vichy.

Face au tollé déclenché par son billet – à moins qu'il ait subi des pressions (?) - Sylvain Thévoz a retiré de son billet tous les commentaires, ainsi qu'un lien vers la vidéo de l'interview d'un « NEM » tunisien (voir ici), laquelle a provoqué l'ire de très nombreux intervenants sur les blogs. En tant que responsable de son blog, Sylvain Thévoz avait parfaitement le droit d'agir ainsi, même si on aurait aimé qu'il s'en explique.

 

Passons maintenant des outrances verbales à l'irresponsabilité politique.

 

Lorsque qu'on est un élu politique – Sylvain Thévoz siège au Conseil municipal de la Ville de Genève – cela implique certaines responsabilités, en premier lieu celle de respecter le cadre légal propre à toutes institutions démocratiques. Le Conseil d’État est dans son bon droit de prendre les décisions qu'il juge nécessaires pour gérer au mieux l'afflux de réfugiés dans un contexte difficile. Suggérer que le Conseil Administratif de la Ville de Genève (exécutif municipal) doit se suppléer au Conseil d'Etat (exécutif cantonal) qui lui ne ferait rien, relève de la démagogie politique la plus crasse. C'est en effet au canton qu'il appartient d'appliquer la politique d'asile décidée par la Confédération, pas aux communes ! On relève une nouvelle fois l'amalgame voulu par certains pour brouiller les esprits peu éclairés, d'assimiler la Ville de Genève au Canton dans son ensemble, pour mieux la mettre en lumière. Cette manipulation s'explique par le fait que la Ville de Genève est gouvernée par la gauche, alors que le Conseil d'Etat est à majorité de droite.

En hébergeant les NEMs sur le site du Grütli, un bien immobilier dédié à la culture et géré par la Ville de Genève, le Conseil Administratif et la gauche sabotent les décisions du Conseil d'Etat en tentant de l'affaiblir. De cela Sami Kanaan et le Conseil Administratif de la Ville de Genève s'en moquent éperdument, eux qui n'ont aucun compte à rendre à la Confédération.

 

Toutes ces manœuvres ne grandissent pas Genève et relèvent une fois de plus l'immaturité et l'irresponsabilité politique, et civique, d'une gauche en mal de repères.

 

Le problème de l'afflux de réfugiés relève avant tout de situations politiques, de guerres, d'inégalités sociales, de pauvreté et de la corruption endémique qui règne dans certains pays. C'est un problème complexe qui demande des réponses urgentes de la part de l'ensemble des pays européens. Mais c'est au niveau du continent européen qu'il faut agir, la Suisse et Genève ne peuvent à elles seules héberger des gens qui n'y ont aucun avenir économique et aucune chance de pouvoir subvenir à leurs besoins, par manque de formation, de méconnaissance linguistique et surtout de décalage culturel.

L'avenir de l'Afrique n'est pas en Europe. Il faut cesser de se voiler la face et faire croire que Genève peut accueillir toute la misère du Monde. Cesser aussi de nier systématiquement l'impact, l'instabilité sociale et les coûts d'un accueil pléthorique occasionnés par des gens qui n'ont de la culture judéo-chrétienne européenne que la vision que les chaînes satellitaires diffusent, décrivant un Eldorado où tout est facile et accessible à tous.

Lorsque le site du Grütli sera complet, où faudra-t-il donc loger les futurs requérants déboutés puisqu'il n'est pas question de renvoyer chez eux des gens qui n'encourent aucun risque pour leur vie, selon la vision de Sylvain Thévoz et de ses affidés ?

Aux dernières nouvelles on apprend que la Ville de Genève a proposé un local aux requérants déboutés, au terme de leur hébergement provisoire au Grütli, mais que ceux-ci, ainsi que le collectif qui les soutient, ont refusé cette proposition.

 

De cela Sylvain Thévoz n'en a cure, sa vision politique se limite à la Place Neuve et aux arbres du Parc des Bastions. Dans ses derniers billets consacrés à ce thème, jamais il n'est question de la nécessité d'appliquer le cadre légal. On aimerait bien le lire sur les solutions qu'il entend proposer, savoir comment il entend faire appliquer la loi. Comment il entend concilier sa vision humanitaire avec la réalité. Mais de cela il n'en est jamais question. Jamais. C'est affligeant lorsqu'on sait que Sylvain Thévoz est candidat au Conseil national aux élections de cet automne !