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26/11/2015

Le monde musulman, ce grand corps malade

Pas d'amalgame !

Dans sa « Lettre ouverte au monde musulman », publiée il y a plus d'une année maintenant à la suite de l'abominable assassinat de M. Hervé Gourdel, décapité en Algérie par des jihadistes, Abdennour Bidarphilosophe français, musulman d'obédience soufie, s'adresse à ses coreligionnaires en ces termes :

« Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin - de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd'hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position de barzakh, d'isthme entre les deux mers de l'Orient et de l'Occident!

Et qu'est-ce que je vois ? Qu'est-ce que je vois mieux que d'autres sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d'enfanter un monstre qui prétend se nommer État islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : DAESH ... » (lire la suite ici).

J'avais pensé évoquer cette lettre dans un papier en réaction à l'attentat contre « Charlie Hebdo » en janvier dernier à Paris. J'y ai renoncé, pensant qu'il était préférable d'éviter de mettre de l'huile sur le feu, sachant les musulmans très susceptibles dès qu'on aborde leur religion avec quelque esprit critique. Aujourd'hui, après les multiples attentats de Paris, devant l'indicible, je ne peux plus me taire. Je n'en peux plus d'entendre toujours les mêmes refrains « Pas d'amalgame, ces gens-là ne sont pas musulmans, ils ne connaissent rien de l'islam ». Je n'en peux plus d'assister à la démission des porte-paroles de l'islam, à cette fuite devant leurs responsabilités, où qu'ils se trouvent, ici à Genève comme ailleurs. Ces gens n'assument pas leur rôle. Ils se contentent de condamner d'un derrière distrait pour passer rapidement à autre chose. Pas de stigmatisation nous disent-ils en se posant comme victimes.

Circulez, y-a rien à voir ...

Eh bien non, justement parlons-en. 

On sait parfaitement que l'immense majorité des musulmans ne sont pas des criminels, mais c'est bien de l'islam que se réclamaient les assassins d'Hervé Gourdel, ceux de Charlie Hebdo en janvier dernier, ceux qui ont sévi au Danemark, aux Pays-Bas, au Nigeria, à Londres, à la Gare d'Attocha à Madrid, à Sousse, à Carthage et hier encore à Tunis, de l'islam encore ceux qui ont froidement abattu 36 ressortissants suisses en 1997 devant le Temple d'Hatchepsout près de Louxor en Egypte, de l'islam se réclamaient encore ceux qui ont placé une bombe sur le parcours du marathon de Boston en avril 2013, ceux qui en placent dans les avions, au-dessus du Sinaï ou de Lockerbie, c'est bien de l'islam que se sont réclamés les cinglés qui ont tué 130 innocents le 13 novembre dernier à Paris. La liste est longue, elle n'est pas exhaustive et à chaque fois on nous répète la même chose : « Pas d'amalgame » ...

Il est temps que le monde musulman fasse son autocritique, qu'il s'interroge sur son avenir, qui est aussi le nôtre, qu'il assume ses responsabilités, qu'il se réforme, qu'il fasse sa «Réforme ». Il est temps qu'il considère la femme à l'égal de l'homme, qu'il admette la liberté de conscience et de croyance, qu'il accepte la sécularisation de la société ainsi que l’État de droit et finalement qu'il témoigne le même respect à ceux qui n'ont pas la même croyance, le même respect que celui qu'il revendique pour lui-même.

En une année, la « Lettre ouverte au monde musulman » d'Abdennour Bidar, ce texte magnifique, n'a pris aucune ride.

Ces tueurs dont il est question sont bien des enfants de l'islam, des enfants façonnés dans l'entourage des mosquées où on leur enseigne la haine de l'altérité, la haine de l'Occident. Ces tueurs sont issus d'un communautarisme voulu par des irresponsables qui les ont encadrés.

Le monde musulman ne peut pas se soustraire à ses responsabilités. Si ce qui s'est passé récemment à Paris, à Bamako et à Tunis, ce n'est pas l'islam, les djihadistes qui ont perpétré ces attentats et prises d'otages, eux s'en réclamaient. Par conséquent les porte-paroles de l'islam doivent assumer leur rôle en dénonçant haut et fort ces actes. On attend d'eux qu'ils fassent le ménage dans leurs mosquées et descendent dans la rue pour manifester contre ces assassins avec la même vigueur et la même détermination qu'ils affichent lorsqu'il s'agit de dénoncer Israël. C'est alors seulement qu'on pourra croire en leur sincérité et en leur volonté de vivre en bonne harmonie avec ceux qu'ils nomment mécréants à défaut de les désigner comme des frères humains ...

 

Commentaires

Très bon texte, excellent hommage à une pensée émanent d'un Musulman respectable qui, une fois n'est pas coutume, ose affronter le problème majeur de sa religion sans user du stratagème infantile du rejet de la responsabilité sur autrui (personnes, institutions, cultures).

Écrit par : Mère-Grand | 26/11/2015

Bravo, excellent texte. Encore faut-il que les milieux intéressés soient capables de comprendre votre message.

Tout le monde semble avoir oublié ce chef d'entreprise qui a été décapité dans l'Isère, il n'y a pas si longtemps que cela. Au nom de l'islam, sa tête décorée du drapeau noir de l'EI.

Quelle réaction attendent les terroristes? Quelle devrait être la réaction des mécréants que nous sommes? Pensent-ils qu'on va se bousculer pour embaucher des barbus qui s'appellent Abdelmachin ou Abou Omar ? Quelle bande de sinistres imbéciles.

Écrit par : Arnica | 26/11/2015

"de l'islam encore ceux qui ont froidement abattu 36 ressortissants suisses en 1997 devant le Temple d'Hatchepsout près de Louxor en Egypte,"
Rappelons que l'icône valaisanne du radicalisme, Pascal Couchepin, a déclaré il y a quelques jours dans Infrarouge que les premières victimes de cet attentat étaient...les Egyptiens. Eh oui, qu'est-ce qui est important pour un radical valaisan ? Le fric. Et pour bien montrer son mépris des victimes suisses, il s'est empressé de visiter le site avec sa petite famille quelques jours après le massacre. Il devait y avoir une offre spéciale particulièrement bon marché.

"J'avais pensé évoquer cette lettre dans un papier en réaction à l'attentat contre « Charlie Hebdo » en janvier dernier à Paris. J'y ai renoncé, pensant qu'il était préférable d'éviter de mettre de l'huile sur le feu, sachant les musulmans très susceptibles dès qu'on aborde leur religion avec quelque esprit critique. Aujourd'hui, après les multiples attentats de Paris, devant l'indicible, je ne peux plus me taire"
Vous n'avez pas beaucoup de courage mais bravo pour votre honnêteté à l'admettre...

Écrit par : Géo | 26/11/2015

@ Géo :

" Vous n'avez pas beaucoup de courage ..."

Vous avez parfaitement raison car en ce qui me concerne, je n'ai pas l'ambition de mourir en martyr. "Mourir pour des idées d'accord, mais de mort lente ..." comme le chantait Brassens.

En ce qui concerne Pascal Couchepin et sa déclaration sur "Infrarouge", que j'ai relevée moi aussi. Ce qui m'a interpellé c'est lorsqu'il dit à peu près ceci : " nous y sommes tout de même allés [en Egypte, lui et sa famille, peu après l'attentat en question] et il ne s'est rien passé ...", un peu comme si il était évident que rien ne pouvait atteindre la famille Couchepin dans de telles circonstances, grâce à la perspicacité du patriarche. Il est vrai que Pascal Couchepin est beaucoup plus courageux que moi ...

@ Mère-Grand et Arnica :

Merci de vos commentaires !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 26/11/2015

Le texte d' A. Bidar est paru début octobre 2014, plus de trois mois avant l'attaque contre Charlie-Hebdo. A postériori, on a l'impression d'un texte presque prémonitoire.
J'aimerais citer ce passage :
"Ils ( ces musulmanes et ces musulmans qui regardent vers l’avenir ) ont bien compris que ce ne sont là que les symptômes les plus visibles sur un immense corps malade, dont les maladies chroniques sont les suivantes : impuissance à instituer des démocraties durables dans lesquelles est reconnue comme droit moral et politique la liberté de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion; difficultés chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de l’égalité, de la responsabilité et de la liberté; impuissance à séparer suffisamment le pouvoir politique de son contrôle par l’autorité de la religion; incapacité à instituer un respect, une tolérance et une véritable reconnaissance du pluralisme religieux et des minorités religieuses."
Ce texte décrit une réalité idéologique, que le philosophe a su diagnostiquer avant la grande déflagration du mois de janvier.
J'apprécie le fait qu'il ne soit pas dans un discours victimaire, mais qu'il envisage la situation de façon lucide et dynamique.

Écrit par : Calendula | 26/11/2015

@ Calendula :

" ... on a l'impression d'un texte presque prémonitoire. "

Oui, c'est exactement ça. Cela m'a frappé moi aussi.

Merci de votre commentaire.

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 26/11/2015

Au fait, ce corps n'est-il pas tout simplement né malade?

Mais attention, il se trouvera toujours des personnes qui chercheront à vous faire croire que ces musulmans assassins ont été manipulés par des forces occultes! Je laisse chacun chercher qui sont ces hypothétiques coupables.

Écrit par : Gérard Vuilliomenet | 26/11/2015

Superbe texte de Abdennour Bidar à diffuser très largement tant il est d'une lucidité éclairante.

Il ne fait aucun doute que si l'islam doit se réformer - et il ne fait aucun doute que cela se fera un jour ou l'autre - la réforme ne pourra venir que de l'intérieur.

Et que le corps soit né malade - ce qui est intellectuellement imaginable - ne signifie pas encore qu'ils soit incurable.

Écrit par : Michel Sommer | 27/11/2015

" Vous n'avez pas beaucoup de courage …"
Se méfier de cette assertion. Elle relève souvent d'une vision du monde forgée dans les cours de récréation. Elle a notamment été utilisée pour insulter tous ceux qui utilisent un pseudonyme sur les blogs, chose expressément autorisée par ses administrateurs.
Pour un témoignage qui permet de nuancer quelque peu la définition de la notion de courage, il suffit de lire dans nos quotidiens les faits héroïques des partisans de Daesh qui, aux yeux d'une grande partie du monde, ne manquent pas de courage, eux.

Écrit par : Mère-Grand | 05/12/2015

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