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28/03/2016

Les attentats de Bruxelles expliqués par Tarik Ramadan

Mercredi dernier 23 mars, dans son émission « Infrarouge » la RTS nous a imposé un pitoyable spectacle en prétendant ouvrir un débat sur le thème des attentats de Bruxelles « Pourquoi l’Europe à nouveau visée ? ». Il s’agissait de se poser des questions telles que « Pourquoi une capitale européenne est-elle à nouveau visée ? Comment expliquer que la Belgique soit devenue un terreau pour les terroristes ? ».

En invitant Tarik Ramadan à ce qui aurait dû être un débat, les téléspectateurs se sont faits imposer la litanie habituelle de l’islamologue pendant de longues minutes, à partir de la 29ème minute de l’émission notamment. Des propos d’une rare arrogance …

Tarik Ramadan, Infrarouge, RTS, 23 mars 2016

Plutôt que d’entendre Frère Tarik se complaire une fois de plus dans le rôle de victime, d’inverser les rôles en venant nous parler de « sentiment d’humiliation », de discriminations sociales et de double standard prétendument subis par ses coreligionnaires en Europe, des propos péremptoires tenus devant les autres débatteurs restés cois, nous aurions préféré entendre des paroles plus constructives, une véritable analyse objective, voire l’ébauche de propositions. Mais rien, néant, c’était Monsieur le Professeur expliquant la dure vie des communautés musulmanes d’Europe à ses élèves !

 

Quant aux causes censées avoir contribué à déclencher ces attentats, on reste pantois devant tant de mauvaise foi. En effet, en quoi les Européens seraient-ils responsables du coup d’Etat qui a renversé le Président Morsi au Caire ? En quoi la Suisse par exemple, serait-elle coupable de la situation israélo-palestinienne ? En quoi les Belges seraient-ils responsables des renversements de Saddam Hussein, de Mouammar Kadhafi, de la guerre, des exactions de l’EI, et des massacres en Syrie ?

Tarik Ramadan s’égare, ses propos éculés nous lassent, il est temps pour lui de procéder à la mise à jour de son logiciel et de passer à « islam 2.0 », la version interactive ...

 

Il est vrai qu’il n’y avait rien d’autre à attendre de ce fer de lance de l’islam européen. Alors pourquoi donc s’acharner à l’inviter ? Sans doute pour faire de l’audimat …

Au-delà du cercle habituel et restreint des porte-paroles de l’islam genevois, il y a pourtant en Suisse et ailleurs d’autres musulmans, bien plus ouverts ceux-là, qui auraient peut-être eu quelque chose à apporter à un tel débat. Pourquoi la RTS n’invite-t-elle pas des personnes telles que Madame Saïda Keller-Messahli par exemple, une femme qui se bat pour un islam progressiste, compatible avec nos valeurs occidentales faites d’égalité entre hommes et femmes, de respect envers les autres religions, de libertés de conscience et de croyance, un islam compatible avec l’Etat de droit ? Au-delà du microcosme genevois réduit à la fratrie Ramadan et à l’inénarrable Hafid Ouardiri, irrespectueux du cadre légal genevois, il existe des gens intéressants qui nous ouvriraient certainement l’horizon sur cet islam qu’on dit si divers et multiple. Je pense ici au philosophe français Abdennour Bidar par exemple.

 

Quatre jours après l’émission, soit hier 27 mars 2016, dimanche de Pâques à Lahore comme ailleurs, un nouvel attentat cible des chrétiens réunis dans un parc public de la ville pakistanaise pour fêter Pâques. Plus de 70 personnes, musulmanes et chrétiennes, perdent la vie, dont de nombreux enfants. L’émission « Infrarouge » aurait-elle eu lieu après cet attentat dans ce pays ultra musulman, qu’on se demande bien ce que Tarik Ramadan aurait trouvé à dire pour en expliquer la cause. Mais je n’ai aucune crainte, lui qui a toujours réponse à tout …

 

Copie d'écran de l'émission « Infrarouge » du 23 mars 2016, RTS

26/11/2015

Le monde musulman, ce grand corps malade

Pas d'amalgame !

Dans sa « Lettre ouverte au monde musulman », publiée il y a plus d'une année maintenant à la suite de l'abominable assassinat de M. Hervé Gourdel, décapité en Algérie par des jihadistes, Abdennour Bidarphilosophe français, musulman d'obédience soufie, s'adresse à ses coreligionnaires en ces termes :

« Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin - de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd'hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position de barzakh, d'isthme entre les deux mers de l'Orient et de l'Occident!

Et qu'est-ce que je vois ? Qu'est-ce que je vois mieux que d'autres sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d'enfanter un monstre qui prétend se nommer État islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : DAESH ... » (lire la suite ici).

J'avais pensé évoquer cette lettre dans un papier en réaction à l'attentat contre « Charlie Hebdo » en janvier dernier à Paris. J'y ai renoncé, pensant qu'il était préférable d'éviter de mettre de l'huile sur le feu, sachant les musulmans très susceptibles dès qu'on aborde leur religion avec quelque esprit critique. Aujourd'hui, après les multiples attentats de Paris, devant l'indicible, je ne peux plus me taire. Je n'en peux plus d'entendre toujours les mêmes refrains « Pas d'amalgame, ces gens-là ne sont pas musulmans, ils ne connaissent rien de l'islam ». Je n'en peux plus d'assister à la démission des porte-paroles de l'islam, à cette fuite devant leurs responsabilités, où qu'ils se trouvent, ici à Genève comme ailleurs. Ces gens n'assument pas leur rôle. Ils se contentent de condamner d'un derrière distrait pour passer rapidement à autre chose. Pas de stigmatisation nous disent-ils en se posant comme victimes.

Circulez, y-a rien à voir ...

Eh bien non, justement parlons-en. 

On sait parfaitement que l'immense majorité des musulmans ne sont pas des criminels, mais c'est bien de l'islam que se réclamaient les assassins d'Hervé Gourdel, ceux de Charlie Hebdo en janvier dernier, ceux qui ont sévi au Danemark, aux Pays-Bas, au Nigeria, à Londres, à la Gare d'Attocha à Madrid, à Sousse, à Carthage et hier encore à Tunis, de l'islam encore ceux qui ont froidement abattu 36 ressortissants suisses en 1997 devant le Temple d'Hatchepsout près de Louxor en Egypte, de l'islam se réclamaient encore ceux qui ont placé une bombe sur le parcours du marathon de Boston en avril 2013, ceux qui en placent dans les avions, au-dessus du Sinaï ou de Lockerbie, c'est bien de l'islam que se sont réclamés les cinglés qui ont tué 130 innocents le 13 novembre dernier à Paris. La liste est longue, elle n'est pas exhaustive et à chaque fois on nous répète la même chose : « Pas d'amalgame » ...

Il est temps que le monde musulman fasse son autocritique, qu'il s'interroge sur son avenir, qui est aussi le nôtre, qu'il assume ses responsabilités, qu'il se réforme, qu'il fasse sa «Réforme ». Il est temps qu'il considère la femme à l'égal de l'homme, qu'il admette la liberté de conscience et de croyance, qu'il accepte la sécularisation de la société ainsi que l’État de droit et finalement qu'il témoigne le même respect à ceux qui n'ont pas la même croyance, le même respect que celui qu'il revendique pour lui-même.

En une année, la « Lettre ouverte au monde musulman » d'Abdennour Bidar, ce texte magnifique, n'a pris aucune ride.

Ces tueurs dont il est question sont bien des enfants de l'islam, des enfants façonnés dans l'entourage des mosquées où on leur enseigne la haine de l'altérité, la haine de l'Occident. Ces tueurs sont issus d'un communautarisme voulu par des irresponsables qui les ont encadrés.

Le monde musulman ne peut pas se soustraire à ses responsabilités. Si ce qui s'est passé récemment à Paris, à Bamako et à Tunis, ce n'est pas l'islam, les djihadistes qui ont perpétré ces attentats et prises d'otages, eux s'en réclamaient. Par conséquent les porte-paroles de l'islam doivent assumer leur rôle en dénonçant haut et fort ces actes. On attend d'eux qu'ils fassent le ménage dans leurs mosquées et descendent dans la rue pour manifester contre ces assassins avec la même vigueur et la même détermination qu'ils affichent lorsqu'il s'agit de dénoncer Israël. C'est alors seulement qu'on pourra croire en leur sincérité et en leur volonté de vivre en bonne harmonie avec ceux qu'ils nomment mécréants à défaut de les désigner comme des frères humains ...

 

16/08/2014

La cohésion nationale en danger

Le danger majeur qui menace aujourd’hui la Suisse ce n’est pas l’Union Européenne, mais le délitement de la cohésion nationale.

La cohésion nationale est en effet menacée, mais le danger vient de l’intérieur du pays, il prend la forme de l’indifférence et du repli sur soi des groupes linguistiques. C’est ainsi qu’on assiste depuis quelques années aux velléités d’abandonner l’enseignement du français comme première langue enseignée à l’école dans les cantons de l’est de la Suisse et ceci au profit de l’anglais. Le canton de Thurgovie vient de franchir un pas de plus cette semaine. Par la voix de son parlement, il demande au gouvernement thurgovien de lui présenter un projet de loi qui supprimerait purement et simplement l’enseignement du français à l’école primaire.

La cause du problème n’est pas l’enseignement du français en soi, mais l’obligation d’enseigner deux langues étrangères à l’école primaire, conformément au « concordat HarmoS » adopté au sein de la « CDIP » (la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique).

C’est ainsi que « HarmoS » contraint les cantons ayant adhéré à son concordat à enseigner « une deuxième langue nationale et l'anglais pour tous dès l'école primaire, au plus tard à partir de la 3e et de la 5e année scolaire (comptage basé sur 9 années de scolarité obligatoire) ».

C’est ce principe qui est contesté par les milieux concernés, notamment par les enseignants, mais aussi par les parents d’élèves. Les conditions pour assurer l'enseignement de deux langues étrangères au niveau primaire ne seraient pas encore réunies, estiment-ils.

A ce stade, deux questions se posent d’emblée.

La première : Comment se fait-il que cette surcharge de travail ne soit dénoncée qu’en Suisse alémanique uniquement, particulièrement en Suisse orientale, alors que les cantons francophones et le Tessin ne semblent pas en être affectés ?

La seconde : Pourquoi serait-ce au français, langue nationale, d’être sacrifié au profit de l’anglais ?

A la première question, on peut répondre sans hésiter que le problème est propre à la Suisse alémanique et à l’usage omniprésent du dialecte suisse-allemand, le « Switzerdütsch », dans la vie quotidienne de nos compatriotes alémaniques. C’est ainsi que le petits alémaniques qui commencent l’école doivent s’astreindre à parler le bon allemand, le « Hochdeutsch », qui constitue pour l’immense majorité d’entre eux, une langue étrangère.  Cette particularité représente indéniablement un surcroît de travail, mais on ne peut s’empêcher de remarquer que la première langue nationale, inscrite à l’article 4 de la Constitution fédérale est bien l’allemand et que le dialecte n’y est mentionné nulle part. Extrait de la Constitution fédérale :

Art. 4 Langues nationales

Les langues nationales sont l’allemand, le français, l’italien et le romanche.

Force est de constater, une fois de plus, que nos compatriotes suisses-alémaniques ont un problème avec la langue allemande qu’ils parlent souvent très mal au point d’en faire un complexe. Est-ce aux minorités linguistiques du pays d’en faire les frais ?

A la seconde question, nos compatriotes suisses-alémaniques, gens pragmatiques, répondront que le français n’est plus tendance, qu’il ne fait pas le poids face à la langue universelle, omniprésente dans la plupart des secteurs économiques. Il faut ajouter à cela l’image dégradée de la France, un pays dont on se gausse volontiers outre Sarine. Il faut admettre aussi que l’apprentissage de l’anglais leur est plus aisé.

Du fait que l’instruction publique relève de la compétence des cantons, la Confédération hésite à intervenir pour rappeler à l’ordre les cantons oublieux de leurs responsabilités et en appelle au principe de la cohésion nationale, car c’est bien celle-ci qui est en danger.

Mais les Suisses alémaniques seraient-ils les seuls à s’asseoir sur la cohésion nationale en boudant le français ? Comment nous autres Suisses romands nous comportons-nous à l’égard des autres langues nationales ? Faisons-nous l’effort de parler l’allemand ou l’italien dans nos rapports avec nos compatriotes ? Lisons-nous leurs journaux, la NZZ, le Tagesanzeiger ou le Corriere del Ticino ? Suivons-nous les émissions d’informations et des débats nationaux tels que « Arena » sur SRF1 à la TV ?

Les Suisses doivent impérativement se ressaisir s’ils veulent démentir l’affirmation que l’on prête à feu le Conseiller fédéral Georges-André Chevallaz, selon laquelle la cohésion nationale tiendrait au fait que les différentes régions du pays ne s’occupent guère les unes des autres, « Les Suisses s’entendent bien car ils ne se comprennent pas » ...

Etait-ce une boutade ? Cette affirmation devrait au moins nous faire réfléchir !

 

Articles mis en liens :

 

Pour ceux qui veulent aller plus loin, ils trouveront ci-après quelques articles mis en liens qui traitent de ce thème. En relevant les dates de publication de ces articles, on constate que le problème n'est pas nouveau, mais qu'il s'aggrave encore.

- Un billet de la Conseillère nationale Josiane Aubert publié dans "Politblog" en août 2012.

- L'article d'un Suisse alémanique, Peter Köppel, ancien chargé de cours en littérature française.et comparée à l’Université de Zurich. Un article un peu à contre-courant, publié dans "Bilan" en décembre 2013


- Finalement, un article plus récent publié par "Le Temps" en date du 6 août dernier.

 

 

05/03/2014

Portes ouvertes à Champ-Dollon ?

A la suite de l’arrêt du Tribunal fédéral du 26 février dernier (voir ici), d’aucuns se demandent, tel ce candidat à la charge de Procureur général (voir ici), s’il ne serait pas judicieux d’adapter la population carcérale à la capacité d’accueil de la prison en libérant « des gens qui n’ont rien à y faire » (sic). Curieuse idée en vérité, un peu comme si l’on adaptait les normes de salubrité des eaux à la capacité des stations d’épuration.

Si des personnes sont incarcérées, c’est qu’elles ont commis des délits, qu’il s’agisse de prévenus en attente de jugement n’y change rien puisque que cela relève dans tous les cas de décisions de justice. Par ailleurs ce même candidat propose l’achat de 200 bracelets électroniques pour en équiper les prévenus pour  pouvoir, nous dit-il, « les surveiller à distance, à domicile, afin de palier au risque de fuite ou de réitération. ». Oublie-t-il que pour plus de 70% (71,4% en 2012), la population de Champ-Dollon est composée de ressortissants étrangers vivant à l’étranger et que par définition, ceux-ci n’ont aucun domicile en Suisse ?

Sources : « Rapport d’activités 2012 de la prison de Champ-Dollon », le rapport d’activité 2013 n’étant pas encore publié sur internet.

Décharger Champ-Dollon en plaçant une partie de sa population dans les prisons d’autres cantons n’est pas envisageable non plus puisque la population carcérale de la Suisse dépasse la capacité d’accueil (sources : Criminalité, droit pénal, chiffres clés de l’Office fédérale de la statistique, dernière mise à jour : 27 novembre 2013). Les chiffres clés de l’Office fédérale de la statistique témoignent aussi de l’augmentation de cette population, ce qui, à défaut d’être agréable, est logique compte tenu de la croissance démographique et de l’attractivité de la Suisse, pays réputé riche.

Aussi longtemps que régnera l’instabilité politique aux marches de l’Europe, en Afrique du Nord et à l’Est de notre continent - à cet égard, la situation actuelle en Ukraine nous en offre un bel exemple -, pour ne parler que de ce qui nous est proche, des gens qui n’ont pas grand chose à perdre, viendront « faire leur marché » en Suisse. La situation ne peut donc que se dégrader.

Par conséquent c’est à la société d’accorder du personnel, des moyens matériels et des ressources financières en suffisance pour se protéger d’individus qui la mettent en danger. Au même titre que cette même société planifie les effets de la croissance démographique - du moins le devrait-elle - en construisant des écoles, des hôpitaux, l’extension des voies de communication, etc., elle a la responsabilité de se protéger contre la criminalité.

Il faut donc cesser de proposer des solutions utopiques en parlant par exemple d’éducation et de formation, alors qu’il s’agit d’adultes qui n’ont d’autres repères que leur situation et l’image que nous leur présentons quotidiennement sur les petits écrans. Leurs seules ambitions est la possession immédiate des « bienfaits matériels » présentés avec ostentation dans nos centres commerciaux. Leur parler d’éducation ou de formation, alors que la plupart d’entre eux ne parle même pas notre langue n’a aucun sens.

Sans stabilité politique, sans développement économique, les pays d’origine ne peuvent qu’exporter des délinquants. C’est choquant de l’écrire, mais c’est la réalité.

 

 

 

Liens en relation avec le présent article :

Arrêt du TF du 26 février : Conditions de détention au sein de la prison genevoise de Champ-Dollon :

http://www.bger.ch/fr/press-news-1b_335_2013-t.pdf

 

Missions de l’OFD (Office cantonal de la détention) :

http://www.ge.ch/ocd/

 

Criminalité, droit pénal (site de l’administration fédérale) :

http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/19.html

 

Privation de liberté et exécution des sanctions - Données, indicateurs, chiffres clés (données de l’administration fédérale) :

http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/19/03/05/key/ueberblick/wichtigsten_zahlen.html

23/12/2013

L'esprit de Noël est mort, le foie gras a vaincu la foi !

Dans cette ville française de province, bourgeoise, où je suis invité à passer les fêtes de fin d'année, je reste fasciné par le spectacle qui m'est offert.

On nous dit que la France est exsangue, qu'elle n'arrive pas à nouer les deux bouts, qu'elle a des problèmes de trésorerie au point de donner des cheveux gris à Pascal Broulis, que le chômage s'accroît, que les gens s'appauvrissent, or ce que je constate c'est que la fièvre acheteuse en cette fin d'année ne reflète absolument pas la situation économique du pays telle qu'elle nous est décrite en Suisse. Il n'est question ici que de débauche d'achats, de cadeaux, de vaisselle et de décoration de table qu'il faut assortir à la nappe, de chapons farcis au foie gras et aux truffes, de grands crus millésimés, de recettes gastronomiques toutes plus dithyrambiques les unes que les autres. On a l'impression que la fin du monde est proche. En attendant on consomme et surtout on en parle. Partout !

A la fin du repas, en ce dimanche soir 22 décembre vers 20h30,  je suis un téléspectateur captif, - captif car invité -, je "subis" une émission de "TF1" consacrée précisément aux "Repas du Réveillon" de Noël. Impossible de me dérober. L'une de ces émissions dont les chaînes françaises ont le secret. On y parle de gastronomie en égrenant les plats et surtout des produits qui les composent, de leurs prix et de leurs provenances. Des prix à faire saliver tous les chômeurs et pâlir les salariés payés au "SMIC".

Julie chez vous


Sur le plateau deux grands chefs dignes de représenter la gastronomie française entourent une jeune femme qui m'est inconnue.

 

Dialogue devant le poste :

- "Comment ? Tu ne connais pas Julie Andrieu, la fille de Nicole Courcel ? " m'interroge mon hôtesse.

Et non, je ne la connais pas, et sa mère pas davantage. Mais j'écoute Julie Andrieu, bien malgré moi. Pas le choix, je suis bien élevé ...

Question de l'animateur de l'émission :

- "Qui inviteriez-vous à votre table pour passer le Réveillon de Noël ? "

Réponse de Julie Andrieu, la bouche en coeur :

- "Jean Ziééééégler, c'est un économiste (sic) qui lutte contre la faim dans le monde et aussi contre la finance ..."

Là, les chaussettes me tombent, le dernier "Spéculos" pris avec mon café me reste au travers de la gorge.

Courage, fuyons :

- " Je vais sortir le chien ..."

Pas de doute, le chien est vraiment le meilleur ami de l'homme !

Jean Ziegler en France, c'est un peu comme les bricelets vaudois, il est de toutes les fêtes ... même à Noël, c'est incontournable.

L'esprit de Noël est mort, Jean Ziegler et le foie gras ont vaincu la foi !

24/03/2013

La vignette et les populistes !

Les Chambres fédérales ont finalement tranché. La vignette autoroutière nous coûtera 100.- Francs par année à partir de 2015. Cette augmentation ne réjouit personne et comme il fallait s’y attendre, aussitôt annoncée celle-ci fait déjà l’objet du lancement d’un référendum. Il faut dire que tout ce qui touche à la voiture est très sensible et qu’il sera sans doute facile de récolter les 50'000 signatures requises dans un délai de 100 jours pour le faire aboutir, ceci grâce au soutien des lobbies nombreux et puissants du secteur. Par ailleurs le sujet est sensible, politiquement porteur et permet à la démagogie de s’exprimer. Il suffit pour s’en convaincre de lire les nombreux commentaires qui agrémentent l’article de la Tribune de Genève du vendredi 22 mars 2013. Chacun s’indigne, comme s’il agissait de réduire tous salaires de moitié, de doubler le prix du pain ou de couper l’eau courante sur les éviers genevois.

On omet de rappeler que depuis son année d’introduction en 1985, au prix de 30.- Francs, la vignette n’a été augmentée qu’une seule fois et que son prix n’a pas changé depuis 20 ans. Il est resté fixé à 40.- Francs.

 

Dans le projet du Conseil fédéral, le réseau des routes nationales sera étendu de 400 km, mais de cela les référendaires ne disent mot, ou alors ils se contentent de ne citer que quelques tronçons susceptibles de mieux servir leur cause, en bon populistes qu’ils sont.

 

Heureux peuple que celui qui peut se permettre de s’étrangler devant « un tel scandale » et même s’offrir une votation nationale sur le sujet. Diantre c’est que l’augmentation sera de 60.- Francs par année, c’est-à-dire 5.- Francs par mois, soit le prix d’un café à Zurich et probablement beaucoup moins que les frais de stationnement mensuel du Genevois moyen. Alors ne parlons même pas des probables augmentations du prix de l’essence, fixé par le marché et sur lequel la Confédération n’a aucune influence. Rappelons qu’en 1985, le prix moyen du litre d’essence « Euro 95 » en Suisse était de 1,24 Fr / lt. Aujourd’hui il est de 1,85 Fr / lt, ce qui représente près de 50% d’augmentation sur la période. S’est-on indigné de cette augmentation ?

 

Cinq francs par mois, cela représente aussi une augmentation de 7 ct par litre d’essence pour un automobiliste qui parcourt 1000 km par mois (le TCS table sur une moyenne de 18'000 km par année, soit 1'500 km / mois) et dont le véhicule consomme 7 lt / 100 km, à raison d’un prix de l’essence « Euro 95 » à 1,85 Fr /lt (prix de ce jour 22 mars 2013).

L’automobiliste suisse sait-il seulement ce que lui coûte sa voiture par mois ? Au bas mot 500.- Francs (amortissement du véhicule, entretien, assurance, taxe, vignette, essence, …),

cinq francs par mois représente donc à peine un pour-cent des frais mensuels consacrés à la voiture.

 

Le sujet passionne les foules, bien davantage que les récentes réflexions sur la Constitution genevoise ou les prochaines élections cantonales dont l’impact est pourtant beaucoup plus important dans la vie quotidienne des citoyens. Par conséquent il convient de savoir raison garder.

 

Pour se faire une idée, commençons par comparer le prix de la vignette suisse avec les prix  pratiqués à l’étranger. Voyons ce qu’il en est en France et en Autriche, pour une voiture normale.

 

France :

En France, pas de vignettes mais des péages qui augmentent pratiquement chaque année. Des augmentations sur lesquelles nos voisins français ne peuvent s’exprimer dans les urnes … On me rétorquera que ce système présente l’avantage de payer ce que l’on consomme réellement. Pour ma part je le trouve archaïque, outre le fait qu’il fait perdre du temps, sans même parler des arnaques sur le rendu de la monnaie, ce qui m’est déjà arrivé !

Contentons-nous simplement de relever certains tarifs pour 2013 (source : Portail des sociétés d’autoroutes françaises) :

 

Trajet Genève – Annecy (A41), ~ 40 km , tarif : 6.50 € (CHF 8.10)

Trajet Genève – Mâcon (A40), ~ 148 km , tarif : 15.60 € (CHF 19.50)

Trajet Genève – Lyon (A40-A42), ~ 150 km , tarif : 15.60 € (CHF 19.50)

Trajet Genève – Dijon (A39), ~ 260 km , tarif : 24.60 € (CHF 30.75)

Trajet Genève – Paris (A6), ~ 540 km , tarif : 43.50 € (CHF 54.40)

Tunnel du Mont-Blanc 11,6 km, tarif Aller : 40.90 €, Aller/Retour : 51.- € (CHF 51.10, resp. CHF 63.80)

 

Comme on peut le voir, un aller et retour Genève – Lyon ou Genève – Mâcon coûte aussi cher que le prix actuel de la vignette suisse. En 2015, un aller et retour Genève – Paris coûtera plus cher que le futur prix de cette même vignette.

 

Autriche :

Comme la Suisse, l’Autriche connaît elle aussi l’usage de la vignette, dont il existe plusieurs variantes selon la durée de validité. Exemples et prix pour 2013 :

 

Validité :

10 jours : 8.30 € (CHF 10.40)

2 mois : 24.20 € (CHF 30.25)

1 année : 80.60 € (CHF 100.75)

 

Toutefois il faut relever qu’en Autriche, plusieurs tronçons ne sont pas couverts par la vignette et font l’objet de péages spécifiques. Tel est le cas par exemple du franchissement du Tunnel de l’Arlberg (14 km) entre le Vorarlberg et le Tyrol, sur le parcours entre Zurich et Innsbrück par exemple.

Prix du passage du Tunnel de l’Arlberg : 9.00 € (CHF 11.25)

 

 

Si le référendum aboutit, les citoyennes et citoyens auront le dernier mot, osons espérer qu’ils sauront faire preuve de maturité et ne se laisseront pas charmer par les sirènes populistes. Quel qu’en soit le résultat, celui ne changera pas la face du monde, il donnera seulement au bon peuple l’illusion de son pouvoir, alors que les véritables problèmes sont ailleurs et d’une autre complexité.

 

 

Sources d’informations :

 

Les bases légales de la vignette autoroutière suisse sont disponibles ici : http://www.ezv.admin.ch/zollinfo_privat/informationen/004...

 

Principaux chantiers et projets sur les routes nationales, voir ici :

http://www.astra.admin.ch/autobahnschweiz/index.html?lang...

 

Prix annuels de l’essence – indices des prix à la consommation – OFS : Office Suisse de la Statistique :

http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/05/02/...

 

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