UA-65298158-1

27/11/2018

Et si les autorités s’occupaient davantage de la mobilité des Genevois ?

Empêtrés dans les scandales qui frappent actuellement bon nombre de leurs élus égarés dans les pétromonarchies du Golfe et ailleurs, là où tout est possible, sauf le bon sens, la mesure et la raison, les partis politiques genevois, toutes tendances confondues, seraient bien inspirés de reprendre la main et de se préoccuper des problèmes des habitants de ce canton qui ne voient pas de perspectives plausibles à leurs problèmes de mobilité.

 

La presque coïncidence de deux événements récents vient nous rappeler qu’en matière de transport public, nos autorités ont singulièrement manqué de vision au cours de ces dernières années.

 

En effet, le 14 novembre dernier, par le truchement d’un communiqué de presse, la Confédération nous informait de l’adoption de la « Fiche PSIA de l’aéroport de Genève » par le Conseil fédéral (voir ici). Rappelons que celle-ci définit d'une part le cadre de l'exploitation et du développement des infrastructures à l'horizon 2030 et garantit d'autre part la cohérence avec le plan directeur cantonal genevois. L'objectif est de permettre à l'aéroport d'assurer en toute sécurité sa mission au service des intérêts nationaux. Pour le détail, voir mon billet précédent [1].

 

Par ailleurs, les CFF viennent de publier le nouvel horaire 2019 [2], applicable dès le 9 décembre prochain, et ses principales nouveautés. S’agissant de Genève, on y apprend que le premier tronçon du « Léman Express » sera mis en exploitation dès ce 9 décembre 2018 sur le tronçon Lancy-Pont-Rouge – Cornavin – Coppet, avec un cadencement à 15 minutes en semaine.

On sait par la presse que le  « Léman Express », le futur RER transfrontalier, reliera à partir de décembre 2019, 45 gares suisses et françaises dans un rayon de 60 kilomètres autour de l'agglomération genevoise. Il se déploiera sur 230 kilomètres de lignes.

 

On se dit fort bien, youpi, toutefois bien peu de Genevois sont conscients que parmi les 45 gares qu’il est question de relier par le « Léman Express », la seconde gare en importance du canton, celle de « Genève-Aéroport », n’en fera pas partie. Oui vous avez bien lu : « Genève-Aéroport » ne sera pas desservie par le « Léman Express » !

En cause ici, sa capacité d’accueil insuffisante. En effet, dans la configuration actuelle du réseau ferroviaire genevois, « Genève-Aéroport », gare en impasse, ne peut accueillir plus de 8 trains par heure, ce qui en exclut d’emblée sa desserte par le « Léman-Express ».

Le « Plan directeur cantonal 2030 » promet bien d’augmenter la capacité de « Genève-Aéroport », oui mais à quel prix et dans quel délai ? Ce plan directeur prévoit une nouvelle ligne appelée « Raquette ». Elle relierait Cornavin à Meyrin en passant par la Place des Nations, puis sous l’aéroport où une nouvelle gare serait aménagée en dessous de l’actuelle. Mais ne soyons pas trop pressés, ce ne sera pas avant 2040, au plus tôt, ni trop économes car les coûts s’annoncent d’ores et déjà salés. Ils étaient évalués à quelques 3 milliards en 2015 [3]. Or plus de vingt ans c’est long et l’addition risque fort d’être beaucoup plus élevée, alors que rien encore n’a été décidé concernant le financement.

 

Pour en revenir à cette « Fiche PSIA » dont il est question plus haut, la fréquentation annuelle de l’aéroport passera de 17, 2 millions (chiffre 2017) à quelques 25 millions de passagers d’ici à 2030, soit 70'000 par jour.

La « Fiche PSIA » désormais adoptée, traite de l’accessibilité terrestre de l’aéroport mais confirme qu’aucune amélioration substantielle de sa desserte ferroviaire n’est prévue d’ici à cette date. Ce qui signifie que la croissance du nombre de passagers ne sera pas accompagnée de mesures tendant à simplifier la vie des voyageurs et à contenir le trafic routier dans le secteur. Ceux qui emprunteront le « Léman-Express » pour se rendre à l’aéroport se verront imposer un transbordement à Cornavin. On conviendra que pour ceux dont l’intention est de prendre l’avion, forcément avec des bagages, on a connu plus pratique.

 

L’association « Genève Route et Rail » s’est émue de cette situation en rappelant, une fois de plus, qu’une solution existe, qui plus est, simple, rapide à réaliser et économique, ceci pour un montant de quelques 740 millions CHF. Il y a une année « Genève Route et Rail » a pris position lors de la mise à l’enquête publique de la « Fiche PSIA » en déposant un dossier auprès de l’OFAC (Office fédéral de l’aviation civile) avec sa proposition (voir ici). Cette proposition consiste à rendre la gare de « Genève-Aéroport » traversante en la reliant directement à la ligne Genève-Lausanne à la hauteur de Genthod-Bellevue. Cette modeste modification de la configuration ferroviaire, prévue d’ailleurs dans les années 1980 lors de la conception du raccordement ferroviaire de l’Aéroport, permet de réduire de moitié le trafic entre Cornavin et Genève-Aéroport et de tripler la capacité de cette gare sans l’agrandir. La capacité serait ainsi portée à 24 trains à l’heure, ce qui permettrait aisément d’y accueillir le « Léman Express ».

 

2015.12.30 boucle Genève Route et Rail.jpg

 

Cette proposition est brièvement résumée dans les annexes du « Rapport explicatif et rapport d’examen [4]» rendu public le 14 novembre dernier par l’OFAC, rapport consultable ici.

 

Les partis politiques genevois seraient bien inspirés de rappeler à leurs élus de se focaliser davantage et rapidement sur les problèmes de mobilité autour de la Rade de Genève plutôt que de s’égarer dans les pétromonarchies du Golfe.

 

Pour aller plus loin :

Site de l’Association « Genève Route et Rail » : http://www.gerer.ch/

 

[1] http://reveriesduncitoyenordinaire.blog.tdg.ch/archive/20...

[2] https://www.sbb.ch/fr/horaire/informations-sur-lhoraire/f...https://www.sbb.ch/fr/horaire/informations-sur-lhoraire/f...

[3] Montant de le seconde extension de Cornavin, de la « Raquette » et de la seconde gare de « Genève-Aéroport »

[4] « Plan sectoriel de l'infrastructure aéronautique (PSIA) - Partie IIIC Fiche d’objet Aéroport de Genève avec rapport explicatif et rapport d'examen »

 

11/12/2017

Perspectives 2030 : quel avenir pour Genève Aéroport ?

Le 30 novembre dernier, le Conseil d’Etat avait organisé une séance d’information publique intitulée « Perspectives 2030 : quel avenir pour Genève Aéroport ». La présentation était destinée à informer la population sur le « Plan sectoriel de l’infrastructure aéronautique », abrégé « PSIA », un instrument de planification et de coordination de la Confédération pour l’aviation civile. C’est en effet à la Confédération, plus précisément à l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC), qu’il incombe d’établir cette planification et de coordonner l’ensemble des tenants et aboutissants relatifs aux aéroports et aérodromes de Suisse. A cette fin, l’OFAC établit des « fiches » spécifiques à chaque aéroport qui sont ensuite mises en consultation publique. C’est le cas actuellement pour l’aéroport de Genève dont la fiche « PSIA » est en consultation jusqu’au 8 janvier 2018.

aéroport de genève,desserte ferroviaire,infrastructure ferroviaire,consultations publiques,transports publics,genève route et rail,ofac,oft,barthassat,développement durable

 

Cette présentation a eu lieu devant un parterre d’une bonne centaine de personnes, des riverains de l’aéroport pour la plupart, ainsi que de personnalités politiques locales. Elle était menée par les Conseillers d’Etat MM. Pierre Maudet, Antonio Hodgers et Luc Barthassat, le Directeur général de l’aéroport, M. André Schneider et un représentant de l’OFAC. La presse et les médias ont été étrangement silencieux pour rapporter sur cet événement …

 

La fiche « PSIA » décrit les exigences et objectifs généraux spécifiques à l’aéroport. Elle en détermine notamment le périmètre, les nuisances limites (pollutions sonores et atmosphériques) et son accessibilité terrestre.

 

Accessibilité terrestre de l’Aéroport

 

Pour s’en tenir uniquement à l’accessibilité terrestre de l’aéroport, on peut lire en page 23 de la fiche « PSIA » de Genève, à la rubrique « Accessibilité terrestre de l’aéroport » : « Confédération, Canton et exploitant coordonnent les projets et œuvrent chacun dans leur domaine de compétence afin de garantir sur le long terme une accessibilité fiable, sûre, confortable et en capacités suffisantes à l’aéroport.

L’objectif est de réduire la part des déplacements effectués au moyen des transports individuels motorisés par rapport à l’ensemble du trafic terrestre au départ ou à destination de l’aéroport. »

 

On ne peut que se réjouir de lire que l’objectif est de réduire la part des déplacements effectués au moyen des transports individuels motorisés, d’autant plus qu’on lit plus loin que : « Les objectifs à atteindre en termes de parts modales à l’horizon 2030 sont les suivants : 58 % des passagers utilisant les transports publics et 44 % des employés de l’aéroport utilisant les transports publics, les modes doux et le covoiturage. L’atteinte de ces objectifs est conditionnée à l’amélioration de l’accessibilité de l’aéroport par les transports publics. »

 

Il faut pourtant rapidement et malheureusement déchanter lorsqu’on découvre : « qu’il est question d’améliorer l’accessibilité au site aéroportuaire par train (Léman-Express) avec transbordement à Cornavin. »

 

Mais pourquoi donc imposer un transbordement à Cornavin ? Tout simplement parce que le « Plan directeur cantonal 2030 » du Conseil d’Etat fait abstraction de l’énorme potentiel de « Genève-Aéroport » en refusant obstinément de raccorder cette gare à la ligne Genève – Lausanne, à la hauteur de Genthod-Bellevue dans son concept.

 

La gare de « Genève-Aéroport » mise en exploitation en 1987 est en impasse. Cette configuration limite sa capacité à 8 trains par heure, comme elle limite également la capacité de la gare Cornavin elle-même, ainsi que celle de l’ensemble du tronçon entre ces deux gares. Du fait de cette limitation et de la configuration du réseau ferroviaire lui-même, « Genève-Aéroport » ne peut pas accueillir actuellement de trains régionaux et le CEVA (Léman-Express)» ne pourra pas non plus la desservir. C’est une aberration et un handicap majeur pour la desserte et l’attractivité de l’Aéroport, alors que sa gare, lors de sa conception dans les années 1980, n’était pas destinée à rester en impasse, mais à devenir une gare traversante par le biais de son raccordement à la ligne Genève – Lausanne. Tout a été prévu pour qu’elle le devienne et pour ceux qui souhaitent s’en convaincre, il leur suffit d’emprunter le parking CFF, situé à l’extrémité est du site. Sa route d’accès passe sous la « Halle 6 » de Palexpo, elle-même soutenue par de grands piliers. Ce concept architectural de la « Halle 6 » constitue la réserve des emplacements et du volume requis pour réaliser le raccordement ferroviaire de « Genève-Aéroport » à la ligne Genève – Lausanne.

 

En raccordant la gare de « Genève-Aéroport » à la ligne Genève – Lausanne, on peut en tripler la capacité en la portant à 24 trains par heure et y accueillir ainsi tous les trains régionaux, y compris le « Léman-Express ».

 

Le Conseil d’Etat actuel renie les objectifs originels qui prévalaient il y a trente ans et péjore ainsi inutilement, à la fois l’attractivité des transports publics, l’économie genevoise et par le biais de l’aberrant concept de son « Plan directeur cantonal 2030 », les finances publiques elles-mêmes.

 

Cette obstination de nos autorités genevoises est d’autant plus aberrante, qu’actuellement deux autres consultations publiques relatives à la desserte ferroviaire genevoise font l’objet de l’actualité, pour peu qu’on veuille bien s’y intéresser et qu’on souhaite l’améliorer. En effet, en février 2017, l’Office fédéral des transports (OFT), instance chargée du développement et de la planification des infrastructures ferroviaires, a mis en consultation le « Plan stratégique du trafic ferroviaire grandes lignes (TGL) ». Or que lit-on dans le message qui accompagne cette consultation publique. Extrait : « A l’aide des principes et critères fixés sur la base du Projet de territoire Suisse, la Confédération entend s’assurer que le TGL [Trafic grandes lignes] soutienne le développement territorial polycentrique de la Suisse. Les centres d’ordre supérieur doivent être reliés entre eux et aux aéroports nationaux. »

 

Une autre consultation publique, encore plus actuelle celle-là, est « l’Etape d’aménagement de l’infrastructure ferroviaire 2030/35 (EA 2030/35) » qui court jusqu’au 15 janvier 2018. En lisant le rapport relatif à cette étape d’aménagement, on relève en page 9, dans la rubrique « Déclarations de la stratégie à long terme Rail pour le transport de voyageurs et de marchandises » :

« Améliorer la desserte des régions de montagne et touristiques: afin de renforcer l’attrait touristique de la Suisse, les lieux les plus visités bénéficient de liaisons attrayantes vers les grands centres, les centres régionaux et les aéroports nationaux. Des liaisons directes internationales sont envisagées. »

 

Toujours à propos de la même consultation publique qui porte également sur le transport des marchandises, on se permettra de rappeler une réalité, à redécouvrir ici !

 

Toutes ces consultations publiques majeures pour la desserte ferroviaire de l’Aéroport et de manière générale, de l’avenir économique de Genève, ainsi que de l’amélioration de l’offre de transport public, semblent laisser de marbre aussi bien nos autorités que la presse locale, lesquelles préfèrent s’intéresser à l’hypothétique et incertain transport urbain par câble entre Bardonnex et l’Aéroport. Voir ici.

 

L’Aéroport en chiffres – Rappel

 

Le potentiel économique de l’Aéroport pour Genève et sa région n’est pas à démontrer, on peut toutefois rappeler quelques chiffres (source : Aéroport de Genève)

Nombre de passagers en 2016 : 16,5 millions. Croissance attendue pour 2017 : + 5,2 %

Nombre de passagers planifiés pour 2030 : 25 millions soit ~ 70'000 par jour.

47% des passagers de Genève Aéroport résident en Suisse romande ou en France voisine.

Nombre d’employés par l’établissement public autonome « Genève Aéroport » : ~ 1000

L’aéroport génère près de 44'000 emplois et réunit plus de 300 métiers différents (chiffres de 2015)

Lieu de vie avec plus de 80 commerces, prestataires de services et restaurants ouverts 7 jours sur 7.

 

A cela s’ajoutent les nombreuses activités économiques et humaines sises dans le périmètre situé entre les Routes de Ferney et de Vernier, le long de l’autoroute, notamment Palexpo, Arena, ICC, WTC, etc. Le personnel en activité sur ces sites et les visiteurs qui les fréquentent sont autant d’utilisateurs potentiels pour le train.

 

Autre développement économique potentiel attendu dans le secteur.

Une motion parlementaire déposée en 2011 (M 1863) demandait la création d’une nouvelle zone industrielle à Colovrex, à l’est de l’Aéroport, sur des terrains impropres à l’habitat du fait des nuisances sonores dues aux activités aéroportuaires. Cette motion issue d’une étude d’organisation du territoire menée par l’architecte M. Charles Pictet, suggérait de recycler tout ou partie des  terrains occupés par les activités industrielles et artisanales actuellement sises sur le « PAV » (Praille – Acacias – Vernets) au profit de l’habitat. Ces activités industrielles et artisanales seraient déplacées sur le site de Colovrex, lui-même desservi par un faisceau de voies ferrées raccordé à la ligne ferroviaire Genève – Lausanne.

Il en va de même des Ports-Francs qui pourraient y trouver un emplacement idéal avec une desserte aéroportuaire, ferroviaire et autoroutière.

 

Conclusion

 

L’avenir de l’Aéroport de Genève passe par l’amélioration de sa desserte ferroviaire, seule à même d’assurer son attractivité et sa cohabitation apaisée avec les riverains qui ne souffrent pas uniquement que du trafic aérien.

A cet égard, le raccordement ferroviaire de sa gare à la ligne ferroviaire Genève – Lausanne constitue une solution raisonnable, économique et empreinte de bon sens. La seule qui vaille !

 

La solution est simple et rapide à réaliser. Soigneusement étudiée et chiffrée par M. Rodolphe Weibel, ingénieur en génie civil EPFL, cette solution ne coûterait que 740 millions de francs, réalisable rapidement dans une zone non urbanisée.

 

4150698909.jpg

Pour aller plus loin :

Site de l’Association « Genève Route et Rail » : http://www.gerer.ch/

Rejoignez-nous !