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09/11/2014

Du monde d’Orwell à celui de Vladimir Poutine

Dans son roman fiction « 1984 », George Orwell avait imaginé un monde tripolaire où les alliances de chaque bloc se faisaient et se défaisaient au gré d’intérêts géostratégiques. Sous la surveillance d’un despote omniprésent et omnipotent nommé « Big Brother », l’Etat décrit par Orwell est notamment doté d’un « Ministère de la Vérité » chargé d’effacer toute trace des alliances passées et de réécrire l’histoire pour la rendre compatible avec la version officielle du parti.

Inspiré sans doute par Orwell, Vladimir Poutine a récemment loué le rôle de Staline dans la victoire de l’URSS sur l’Allemagne nazie lors d’une rencontre avec des universitaires et des professeurs d’histoire dans un musée d’Histoire de Moscou. Il aurait notamment déclaré : «Il est difficile de dire si nous aurions pu gagner la guerre si le pouvoir n'avait pas été aussi implacable». Poursuivant sur ces propos aussi implacables qu’ambigus, Poutine aurait aussi appelé les historiens russes à « écrire l’histoire de la Crimée - récemment annexée par Moscou - avant que les Ukrainiens ne l’écrivent ». Cette information de l’AFP a été publiée la semaine dernière par le quotidien « Libération ». Et Poutine de poursuivre en disant qu’il faut écrire l’histoire de cette «partie intégrante de notre code culturel (...) tant que d’autres ne l’ont pas écrite», faisant allusion aux historiens ukrainiens. Lire l’intégralité de l’article de Libération ici.

Ecrire ou réécrire l’histoire de la Crimée ? Pouvoir implacable, code culturel ? Diantre ! Poutine a assurément été inspiré par la fiction d’Orwell pour tenir de tels propos !

L’histoire officielle est en effet une arme destinée à formater les cerveaux des élèves dans les écoles de chaque pays pour en faire de bons citoyens.

C’est ainsi que les écoliers russes apprendront bientôt que la Russie a échappé à l’invasion ukrainienne grâce à l’implacable Poutine qui, comme son mentor Staline, aura su résister avec détermination.

Vous avez dit travestissement de l'histoire ?

22:22 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : orwell, 1984, big brother, poutine, staline, crimée, russie, ukraine | |  Facebook

22/09/2014

Ukraine, faut-il être russophone pour être légitimé à s’exprimer ?

Dans ce jeu de poker menteur qui se déroule à propos des tragiques événements dans l’Est de l’Ukraine, certains prétendent détenir la vérité et le font savoir haut et fort à coups de billets et de commentaires publiés en rafales sur les blogs.

A les lire, seuls les russophones seraient habilités à s’exprimer avec objectivité sur cette sale guerre du fait qu’ils peuvent s’informer en langue russe à la source et qu’ils sont renseignés par des contacts sur place. Selon eux, tous les détracteurs de Vladimir Poutine ne seraient que des brebis égarées inféodées aux américains, à l’UE et à l’OTAN.

 

Malheureusement, la vérité n’est pas aussi simple. Elle est souvent multiple, des faits pouvant être mis au crédit des deux camps. Seul ce qui est vérifiable, incontestable et incontesté peut être pris en compte. Quels sont ces faits ?

 

Prenons la Crimée. La presqu’île a été occupée, puis annexée par la Russie, ceci au mépris du droit international le plus élémentaire. C’est un fait incontestable et les raisons de cette annexion n’ont pas à être invoquées pour la justifier, au même titre qu’on ne justifie pas un vol par le besoin, on le condamne en tant que délit.

 

« Le statut de neutralité de l'OSCE n'a pas été respecté :  des observateurs de L'OSCE ont été menacés et refoulés de Crimée puis d'autres capturés à Slaviansk par des miliciens pro-russe ou par des soldats russes anonymisés. »

C’est également un fait incontestable.

 

L’avion du vol MH17 de Malaysian Airlines a été abattu au-dessus d’une zone d’opérations opposant l’armée ukrainienne aux séparatistes. Les enquêteurs n’ont pas pu effectuer leur travail dans les délais impartis. Ils n’ont pas eu accès à l’ensemble de la zone des impacts du crash et ont constaté que certaines parties de l’épave avaient été déplacées. Ici également, des faits que personne ne conteste.

 

Des troupes russes se battent aux côtés des insurgés ukrainiens, ce que démentent les Russes, tout en reconnaissant que quelques soldats russes, « en congé », étaient engagés. Ceux-ci ayant été blessés et fait prisonniers, il était difficile de taire cette évidence. On apprend aussi que des mères de soldats russes, morts sur le front ukrainien, interpellent le pouvoir sans obtenir d’informations sur les causes du décès de leurs fils dont les corps sont rapatriés dans la plus grande discrétion. Récemment, une équipe de journalistes de la BBC qui réalisait un reportage sur la mort de soldats russes tués - leur nombre serait supérieur à 200 - , près de la frontière avec l’Ukraine a été agressée et violemment battue. Leur matériel a été détruit et la carte mémoire contenant les enregistrements effacée.

 

Enfin il y a quelques jours, le 17 septembre dernier, le cas de cette Ukrainienne russophone, torturée par des combattants séparatistes près de Donetsk, venue témoigner devant le Conseil des droits de l'homme de l’ONU à Genève.

 

Malgré l’embargo décrété sur les informations dans les médias russes, des milliers de citoyens ont défilé pour la paix en Ukraine dans les rues des grandes villes de Russie ce dimanche 21 septembre.

 

Il y a surtout beaucoup de questions et peu de réponses convaincantes du côté du Kremlin. Seuls nos blogueuses et blogueurs russophones et/ou russophiles, voire russes, qui ont réponses à tout et un aplomb au-dessus de la moyenne, nous bombardent de sources aussi incertaines que des séquences vidéos publiées sur « Youtube » ainsi que de communiqués de presse du pouvoir en place à Moscou. Aux dépêches des médias occidentaux, ils opposent la grandeur de la Russie éternelle, ils évoquent sa richesse culturelle dans les arts, les lettres et la musique, ce que personne ici ne conteste bien évidemment. Malheureusement, de tels arguments n’ont aucune pertinence dans le contexte de cette guerre.

Jusqu’à Guy Mettan qui affirmait récemment avec aplomb dans un billet publié sur son blog, que « dans le conflit ukrainien, les médias n’ont cessé d’accuser la Russie d’invasion, invasion qui n’est jamais venue sauf dans la tête des conseillers en communication américains qui conseillent le président Porochenko. ». Il est vrai que l’annexion de la Crimée n’est pas le résultat d’une invasion, celle-ci ayant été « simplement » phagocytée par la Russie. On ne va tout de même pas se disputer pour une simple question sémantique !

 

Qu’un Didier Burkhalter, Président en exercice de l’OSCE, se permette de modérer les ardeurs des combattants des deux camps en termes très diplomatiques, qu’il est immédiatement remis à sa place. Imaginez-vous, un « petit Suisse » qui se permet de faire la leçon à Poutine, quelle arrogance. Il en va de même d’un Andreas Gross, chef du groupe socialiste au Conseil de l’Europe, spécialiste en géopolitique, pacifiste et grand connaisseur de l’Europe de l’est et du Caucase, interviewé sur RTS le 3 septembre dernier, qu’on l’accuse immédiatement de partialité et d’incompétence, alors qu’il s’en tient aux faits.

 

Bref tant de mauvaise foi et de partialité me sidèrent. Mais il est vrai que Poutine rime avec Pouchkine, sauf que la comparaison s’arrête là.

22:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (26) | Tags : guerre, ukraine, russie, crimée, osce, poutine, burkhalter, gross | |  Facebook