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L’infrastructure ferroviaire est-elle de gauche ou de droite ?

Deux très importants projets de loi sont actuellement déposés au Grand Conseil. Ils impacteront très profondément la mobilité et les finances publiques du Canton. Ces deux projets de loi concernent l’infrastructure ferroviaire qui doit être adaptée à la croissance du trafic attendu d’ici à 2040 - 2045.

 

L’un d’eux déposé par le député, feu le regretté Rolin Wavre et consorts, demande qu’un crédit soit alloué à l’étude de la « Boucle ferroviaire », projet qui consiste à rendre traversante la gare de « Genève-Aéroport », actuellement en cul-de-sac, pour la raccorder à la ligne Genève – Lausanne à la hauteur de Genthod-Bellevue, pour former une boucle.

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L’autre projet de loi, rédigé par le Conseil d’Etat, entend faire modifier la loi sur le réseau des transports publics qui intègre le « Schéma directeur du réseau sur rail », lequel a été soumis à une enquête publique en janvier 2019, mais dont les résultats n’ont jamais été publiés.

Le projet de loi déposé par Rolin Wavre le 21 mai 2019 (PL 12525), dont la « Commission des travaux » chargée de le traiter vient d’en refuser l’entrée en matière, sera évoqué devant le Grand Conseil lors de la session plénière des 11 et 12 mai prochains. Le rapport de cette Commission a été déposé le 27 avril dernier. Il peut être consulté ici : PL 12525-A. Il expose les points de vue de la majorité et de la minorité et décrit les auditions qui ont été menées.

Le projet de loi du Conseil d’Etat tendant à faire avaliser le « Schéma directeur du réseau sur rail » est quant à lui actuellement déposé devant la « Commission des travaux » et peut être consulté ici : PL 12553.

Les deux projets de loi s’opposent sur la démarche démocratique à appliquer pour aboutir à l’adoption d’un concept d’aménagement de l’infrastructure ferroviaire cantonale.

La logique voudrait que les deux projets fassent l’objet d’un traitement conjoint devant le Grand Conseil.

Tandis que celui déposé par Rolin Wavre et consorts demande de faire étudier le projet originel qui prévalait lors de la construction de la gare de Genève-Aéroport et de la ligne qui la raccorde à Cornavin, dans les années 1980, celui du Conseil d’Etat souhaite quant à lui s’affranchir d’une telle étude pour faire avaliser un concept qui n’a fait l’objet d’aucun débat démocratique, alors que sa mise en œuvre impacterait profondément et pendant une vingtaine d’années l’espace urbain autour de Cornavin, pour un montant de quelque 5 milliards de francs.

Si le peuple genevois a pu se prononcer sur le CEVA (Léman Express) en novembre 2009, projet dont le coût se montait alors à 1,6 milliards de francs, qu’il a accepté par 61% des voix, il n’a en revanche jamais eu l’occasion de s’exprimer sur le concept ferroviaire qui fait débat aujourd’hui, dont l’enjeu financier est trois fois plus important à hauteur de 4,7 milliards.

Pourquoi le Conseil d’Etat s’oppose-t-il à une étude de la « Boucle de l’Aéroport », une étude qui n’a jamais été menée ? Qu’a-t-il à craindre d’une telle étude ? Quand bien même cette étude devait démontrer que ce concept de « Boucle » qui prétend pouvoir faire mieux pour 5 fois moins cher est inadapté, au moins pourrait-on parler de transparence. Les citoyens qui sont aussi des contribuables se préoccupent du bon usage de l’argent public et attendent des réponses.

Aujourd’hui on se contente de répandre des rumeurs sur le concept de la « Boucle », des rumeurs jamais étayées par des faits. On juge sans même se donner la peine d’étudier. On affirme. On proclame des dogmes. Tout y passe, des coûts prétendument sous-estimés, des incompatibilités avec l’exploitation des CFF, l’inadéquation avec l’offre de service attendue des voyageurs, etc.

On entend même dire qu’il faudrait rejeter le projet de loi qui demande d’étudier la « Boucle » parce qu’il serait de « droite » ! Posons la question : un concept d’infrastructure ferroviaire est-il de gauche ou de droite ? A vouloir politiser un tel objet on se noie dans le dogme. On sort de la politique pour entrer dans la chasse aux sorcières.

Et puis, faut-il qu’un projet d’infrastructure coûte 5 fois plus cher pour en asseoir la crédibilité ?

Comment les CFF, gestionnaires du réseau ferroviaire, peuvent-ils être à la fois juge et partie dans un débat qui relève de la démocratie ? Comment ces mêmes CFF peuvent-ils remettre en question des coûts d’ouvrages calculés par un ingénieur en génie civil diplômé de l’EPFL, sans aucune preuve, sans même faire la démonstration de leurs affirmations ?

Autant de questions restées sans réponses et qui font douter du fonctionnement démocratique de nos institutions. Le monde politique genevois doit se ressaisir.

Commentaires

  • Bravo Parrain ça c'est dit. Comme d'habitude tu es clair, précis et net et je ne comprends pas pourquoi cette résistance du conseil d'état, de quoi ont-ils peur. De passer pour des cons c'est déjà fait.
    A bientôt.

  • Merci pour ce billet qui pose d'excellentes questions auxquelles les autorités ne semblent pas vouloir répondre pour des raisons qui m'échappent.
    A ce stade, je ne vois que fuite en avant pour ne pas perdre la face, ce qui sera terrible au final car les tribunaux vont certainement être saisis au vu des nombreuses irrégularités observées, vérifiées et attestées avec des documents probants.
    Vous relevez à juste titre le conflit d'intérêt des CFF qui semblent à la base de ce fiasco. Car l'activité de transporteur étant largement déficitaire, ils développent prioritairement les espaces commerciaux dans les gares et l'agrandissement de Cornavin promet de juteuses entrées. Je pense que c'est un mauvais calcul, car la gare centrale est déjà saturée et il serait certainement judicieux de développer d'autres pôles. La boucle permettrait de dynamiser la gare de l'aéroport et d'augmenter d'autant l'attractivité des surfaces à louer pour les commerces.
    L'idéal serait évidemment de pouvoir trouver une porte de sortie à toutes ces instances qui se sont fourvoyées, consciemment ou non, afin d'éviter qu'elles se braquent indéfiniment jusqu'à la rupture. Mais j'ai beau chercher, je ne vois que la voie de la confrontation et l'exposition au public des mensonges qui sont bien plus graves que les rumeurs évoquées et que la justice devra bien reconnaitre en dernier recours.

  • J’apprends ainsi qu’on prétend à gauche que mon projet serait de droite.

    Quelle erreur ! Je défends l’intérêt général. Je ne sais pas, je ne comprends pas ce que défendent ceux qui avancent de telles insanités, mais suis sûr qu’ils ne défendent pas l’intérêt général : ils ne peuvent défendre qu’un intérêt qui leur est propre : honte à eux, honte à elles ! J’en ai déjà débusqué quelques uns, et quelques unes. Genevois, vous en disposerez lors des prochaines élections !

    Domaine public n’est pas un hebdomadaire de droite. Il a publié 9 articles que j’ai rédigés sur le thème des transports. Sur ces 9 articles, deux ont porté sur le projet GeReR Genève Route et Rail (6 janvier 2014 et 15 février 2018). En outre, un des principaux rédacteurs permanents de DP, Jean-Daniel Delley a consacré un long article à ce thème précis (22 février 2019). Il faut lire et relire cet intense plaidoyer pour la boucle de l’aéroport.

    Ce qui se passe entre Genève, Ittigen et Berne est indigne d’un pays qui se proclame Etat de droit. Comme je l’ai déjà écrit ailleurs, je compte sur nos tribunaux (le pouvoir judiciaire) pour faire cesser cette affreuse dérive de nos administrations (le pouvoir exécutif).

  • Le souvenir que laisseront nos édiles dépendra en grande partie de leur capacité à avoir le courage de faire juger ce projet par le peuple, dont ils sont les représentants, paraît-il.

  • Et si, démocratiquement, on décidait de mettre toute la vérité sur la table et d'informer la population afin qu'elle puisse comprendre tout ce qu'elle pourrait subir ces prochaines 10 et même 20 années?
    La transparence est une des bases de la confiance.

  • "Et si, démocratiquement, on décidait de mettre toute la vérité sur la table"
    L'intérêt l'emporte presque toujours sur la vérité, d'autant plus qu'une compréhension et un usage quelque peu simpliste du relativisme a rendu désuet l'usage de cette notion de vérité lorsqu'elle fait obstacle à nos désirs ou nos opinions.
    Cela n'est évidemment pas le cas dans l'usage quotidien que nous en faisons, implicitement du moins, ne serait-ce que dans l'éducation des petits enfants, mais cela arrange parfaitement le professionnels du maniement de la langue que sont les politiciens. J'ajoute, avec tout autant de regrets, que la notion de démocratie est tout aussi sujette à interprétation, et cela même en Suisse.

  • "Ce qui se passe entre Genève, Ittigen et Berne est indigne d’un pays qui se proclame Etat de droit. "


    A) Combien de nos députés s'en soucient?


    Je reste sonnée face à la décision ANTIDEMOCRATIQUE de Barthassat, en charge,

    choquée de constater l'absence de tout CONTRE-POUVOIR en action.

    B) Face à une telle dérive, sans contrepartie opposable existante (contrôle de la Cour des Cptes),

    le constat est que la Constitution de l'Etat & République de Genève, mouture 2012,

    est défaillante.

    NB. Ces textes constitutionnels, promulgués par une maj. de constituants binationaux pro Eu, peuvent être amendés, peuvent évoluer. Question politique, gérée selon les nationalités d'électeurs résident dans notre canton.
    .(on peut rêver mais aussi craindre le pire).

  • Je pense que vous avez déjà les appuis politiques qui vous sont utiles, à savoir :
    1) impliquer les 3 commissaires MCG qui ont voté pour, 2) consulter les autres politiques, 3) rencontrer la direction des partis, 4) approcher les services de l'Etat concernés, 5) demander à M. M. Moulin, journaliste de al TdG de vous appuyer, 6) obtenir le soutien des associations : TCS - ACS - etc.

    NB : les gens de ma commune avaient lancé une pétition pour solutionner un problème routier. Notre Comité a été reçu par la Commission des transports du Grand Conseil. Les 20 commissaires présents ont eu beaucoup de peine à comprendre la complexité du dossier. Elles et ils somnolaient !
    RESULTAT : Notre pétition a fini en eau de boudin !
    CONCLUSION. notre Comité n'a pas bien évalué la valeur des appuis politiques !

    BRAVO et FELICITATIONS pour votre implication.

  • Merci de vos encouragements Monsieur, ils nous sont précieux !

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